Par Joseph Daher, chercheur et académicien spécialisé dans l’économie politique du Moyen Orient, en particulier de la région du Levant. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Le Hezbollah. Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme (Syllepse, 2019), Syrie : le martyre d’une révolution (Syllepse, 2022), Gaza, un génocide en cours (Syllepse, 2025).
Pour comprendre la motivation de Trump à s’engager dans une guerre contre l’Iran, certaines analyses pointent avec insistance l’influence du lobby pro-israélien sur l’exécutif étasunien. Or, cette réflexion brouille la réalité des relations entre les deux pays et minimise la dynamique impérialiste.
Les États-Unis d’Amérique, en collaboration avec l’État d’apartheid d’Israël, ont lancé le 28 février 2026 une nouvelle guerre impérialiste contre l’Iran qui a déstabilisé la région dans son entièreté et causé des répercussions internationales. Le 2 mars, le gouvernement israélien reprenait sa guerre meurtrière contre le Liban avec le soutien politique de Washington. En même temps, la guerre génocidaire contre la bande de Gaza, occupée et assiégée par les forces d’occupation israéliennes, se poursuit, avec plus de 810 Palestiniens tués depuis l’entrée en vigueur, le 10 octobre 2025, du prétendu cessez-le-feu, tandis que la colonisation s’intensifie en Cisjordanie occupée. Sans oublier l’expansion de l’occupation israélienne au sud de la Syrie et les violations quotidiennes des droits humains. Ni en Iran, ni au Liban, ni ailleurs, les États-Unis et leur allié israélien ne cherchent ni la démocratie ni le bien-être des populations locales. Leur but est plutôt d’imposer par la violence un nouvel ordre régional dominé par Washington et Tel-Aviv.
Dans ce contexte politique, un cadre d’analyse privilégiant l’influence, voire le contrôle, du lobby sioniste sur Washington, ainsi que celui du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou sur le président étasunien Donald Trump, dans les politiques des classes dirigeantes étasuniennes, prolifère. Cette approche a été renforcée par la démission, le 18 mars, de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme des États-Unis, déclarant que ces derniers ont
« commencé cette guerre [contre l’Iran] en raison de la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».
« Ni en Iran, ni au Liban, ni ailleurs, les États-Unis et leur allié israélien ne cherchent ni la démocratie ni le bien-être des populations locales. Leur but est plutôt d’imposer par la violence un nouvel ordre régional dominé par Washington et Tel-Aviv. »
Au niveau de l’extrême droite étasunienne, particulièrement au sein de la base Make America Great Again (MAGA) de Donald Trump, nourrie au slogan « America First » et dont des segments significatifs sont ouvertement antisémites, ces positions sont de plus en plus répandues. Environ 25 % des partisans républicains de moins de 50 ans disent exprimer ouvertement des opinions antisémites, selon un sondage du centre de réflexion conservateur Manhattan Institute de décembre 2025. Steve Bannon, Nick Fuentes ou Tucker Carlson, ancien présentateur vedette de la chaîne Fox News et surtout suprémaciste blanc, porte-voix de la théorie du Grand remplacement, qui ne cesse de critiquer l’alliance des États-Unis avec Israël et de dénoncer les politiciens républicains sionistes chrétiens comme touchés par un « virus cérébral », partagent cette vision. Ces positionnements ne partent ni d’une sympathie envers les Palestiniens et des classes populaires régionales ni d’une approche cherchant à mettre fin aux guerres des États-Unis à l’étranger, mais d’une vision réactionnaire et raciste ne cherchant pas à remettre en cause l’hégémonie impérialiste étasunienne au sein des dynamiques mondiales.
Au sein de certains courants de la gauche ou du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien se trouvent parfois des analyses accordant une prédominance au lobby pro-israélien, ou directement d’Israël, dans le processus de décision des classes dirigeantes étasuniennes et occidentales. Cette thèse, popularisée notamment à la suite de la publication du livre Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (2006) des universitaires conservateurs John Mearsheimer (Chicago) et Stephen Walt (Harvard), place la politique étrangère des États-Unis sous le contrôle d’un « lobby sioniste », plus particulièrement l’American-Israeli Public Affairs Committee (AIPAC). Sans ce « lobby sioniste », peut-on comprendre dans l’ouvrage, la puissance étasunienne pourrait être utilisée pour
« parvenir à une paix juste entre Israël et les Palestiniens », ce qui « contribuerait à faire progresser la cause de la démocratie dans la région ».
Ce cadre d’analyse réduit les dynamiques politiques, locales comme internationales, à des conflits entre groupes politico-religieux. Elle inverse ainsi les causes : ceux qui attribuent la politique étrangère des États-Unis au « lobby israélien » supposent que la domination impériale étasunienne pourrait se passer d’interventions militaires et du soutien d’États étrangers.
Surtout, c’est sans oublier que le lobby pro-israélien aux États-Unis représente de moins en moins l’opinion des citoyens étasuniens de confession juive, et notamment depuis la guerre génocidaire contre la bande de Gaza, qui a entrainé un développement encore plus important d’un mouvement antisioniste au sein des populations juives des États-Unis. La majorité des militants sionistes dans le monde sont d’ailleurs très certainement les chrétiens évangéliques. Ils constituent une force politique et idéologique extrêmement significative aux États-Unis, en Amérique du Sud et sur les continents africain et asiatique. Enfin, notons que l’AIPAC ne figure même pas parmi les vingt groupes de pression les plus dépensiers aux États-Unis, avec des montants d’une moyenne d’environ 3 millions de dollars par année.
Israël, pilier de l’impérialisme étasunien et occidental
Israël joue depuis des décennies le rôle de « chien de garde » des intérêts impérialistes occidentaux dans la région. Cette caractérisation apparaissait déjà dans les propos tenus en 1951 par le rédacteur en chef du quotidien israélien Haaretz:
« Israël devra être une espèce de chien de garde. Il n’y a pas lieu de craindre qu’il mette en œuvre une politique agressive contre les États arabes si celle-ci est clairement contraire aux désirs de l’Amérique et de la Grande-Bretagne ; par contre, si les puissances occidentales choisissent une fois, pour telle ou telle raison, de fermer un œil, on peut être certain qu’Israël sera capable de punir comme il se doit un ou plusieurs de ses États voisins dont l’impolitesse envers l’Occident dépasserait les limites de ce qui est autorisé. »
Dès 1956, Tel-Aviv remplit ce rôle en participant à l’attaque franco-britannique contre l’Égypte de Gamal Abdel Nasser après la nationalisation du canal de Suez. L’État israélien en tire un profit considérable, ses dirigeants arrachant une promesse française de construire un réacteur nucléaire en Israël et de leur fournir la matière fissile. Le pays devient la cinquième puissance nucléaire mondiale.
Pour survivre en tant qu’État construit sur le nettoyage ethnique continu des populations autochtones palestiniennes, et face à l’hostilité des masses régionales, Israël est contraint, notamment du fait de sa non-viabilité économique, de s’appuyer sur l’impérialisme occidental et d’être un instrument de ce dernier contre toute révolution régionale ou opposition à l’hégémonie étasunienne. Les États-Unis et d’autres puissances impérialistes occidentales ont fait d’Israël leur force de police locale contre toute transformation radicale ou révolutionnaire de la région, susceptible de remettre en cause le contrôle étasunien sur les réserves énergétiques stratégiques du Proche-Orient et l’accumulation du capital lié à ces ressources.
« Pour survivre en tant qu’État construit sur le nettoyage ethnique continu des populations autochtones palestiniennes, et face à l’hostilité des masses régionales, Israël est contraint, notamment du fait de sa non-viabilité économique, de s’appuyer sur l’impérialisme occidental et d’être un instrument de ce dernier contre toute révolution régionale ou opposition à l’hégémonie étasunienne. »
Après la Seconde guerre mondiale et le judéocide nazi, le Président Harry Truman soutient la fondation de l’État d’Israël, malgré la désapprobation totale des responsables de sa politique étrangère – James Forrestal, George Marshall et George Kennan. Ceux-ci estiment que cela va à l’encontre de l’intérêt stratégique des États-Unis, notamment concernant la question du pétrole et des monarchies du Golfe. Durant les années 1950, les administrations Truman (1945-1953) et Eisenhower (1953-1961) tentent d’adopter une position médiane et équilibrée entre l’État israélien et ses voisins arabes, pour ne pas susciter l’animosité des monarchies du Golfe – grands producteurs de pétrole – et pousser encore davantage certains États vers l’URSS. Les États-Unis ne fournissaient alors à Israël qu’une aide économique et militaire relativement modeste. Deux évènements bouleversent ces relations.
La guerre de 1967, déclenchée par Israël contre l’Égypte de Nasser et la Syrie dans leur phase nationaliste radicale, finit de démontrer la supériorité militaire israélienne sur ses voisins. En moins d’une semaine, l’armée israélienne prend possession du reste de la Palestine historique – avec l’invasion de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est – ainsi que du plateau du Golan syrien, toujours occupé, et le Sinaï égyptien, rendu en 1982 à la suite des accords de Camp David de 1979. Le conflit militaire de 1967 scelle l’alliance stratégique entre les États-Unis et Israël, précisément à partir du moment où l’armée d’occupation israélienne a fait la démonstration de sa capacité à dominer militairement les régimes arabes voisins et à contenir les nationalismes radicaux. Depuis lors, l’imbrication des deux appareils stratégiques n’a cessé de se renforcer.
À partir de 1967, et plus particulièrement 1973, l’aide financière étasunienne à Israël change de catégorie passant d’environ 600 millions de dollars par an sous la présidence de Lyndon Johnson (1963-1969), à plus de 2 milliards sous Richard Nixon (1969-1974), auxquels s’ajoutent des fournitures d’armes. Depuis lors, Washington a versé en moyenne 4 milliards de dollars par an à Tel-Aviv, soutenant sa colonisation de la Palestine et ses guerres d’agression contre les gouvernements et mouvements progressistes de la région, et particulièrement le mouvement national palestinien. Les guerres israéliennes contre le Liban en 2006, puis contre la bande de Gaza à plusieurs reprises depuis 2005, s’inscrivent également dans ce cadre. Entre la création de l’État d’Israël en 1948 et 2023, les États-Unis ont fourni 124 milliards de dollars d’aide militaire à ce pays.
« Le conflit militaire de 1967 scelle l’alliance stratégique entre les États-Unis et Israël, précisément à partir du moment où l’armée d’occupation israélienne a fait la démonstration de sa capacité à dominer militairement les régimes arabes voisins et à contenir les nationalismes radicaux. »
En octobre 2024, selon un rapport du Watson Institute for International and Public Affairs de l’Université Brown, l’aide étasunienne à Tel-Aviv depuis le 7 octobre 2023 pour soutenir la guerre contre Gaza était estimée à 17,9 milliards de dollars, soit le montant annuel le plus élevé jamais atteint. Début 2025, le département d’État étasunien a informé le Congrès de son intention d’approuver une nouvelle vente d’armes fabriquées aux États-Unis pour un montant de 8 milliards de dollars. Ces décisions attestent de l’engagement à long terme des États-Unis envers Israël et de l’importance stratégique de ce dernier dans la consolidation de l’influence étasunienne dans la région. En août 2024, Washington avait déjà accepté de vendre des armes d’une valeur de 20 milliards de dollars à Tel-Aviv, dont l’essentiel doit financer l’acquisition de cinquante avions de combat F-15A attendus en 2029. Cette dynamique s’est poursuivie tout au long de 2025 et début 2026, avec l’approbation du gouvernement étasunien en mars dernier d’une vente de matériel militaire à Israël d’une valeur de 151,8 millions de dollars, comprenant 12 000 bombes de 470 kg.
L’État d’Israël a également significativement soutenu l’impérialisme occidental et les régimes autoritaires au-delà des frontières du Proche-Orient. Depuis plusieurs décennies, Israël a développé des relations avec les monarchies du Golfe, notamment en leur fournissant des technologiques de surveillance destinés à renforcer la répression de toute dissidence. À Abou Dhabi, le système de surveillance « intelligent » Falcon Eye résulte ainsi du rapprochement engagé dès 2007 entre les Émirats arabes unis et la société 4D Security Solutions. En 2012, l’Arabie saoudite a elle aussi sollicité l’aide d’entreprises de cybersécurité après la cyberattaque Shamoon contre la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco, attribuée à l’Iran par les renseignements étasunien. Bahreïn s’est pour sa part offert les services de Verint Systems, dont les systèmes sont utilisés par des centres de surveillance et permettent de collecter des données sur les réseaux sociaux.
Dans ce cadre, le processus de normalisation des accords d’Abraham en 2020 (qui s’inscrit au niveau de ses dynamiques et objectifs dans le processus de normalisation débuté avec les accords d’Oslo en 1993), amorcé sous le premier mandat du président Donald Trump et poursuivi par Joseph Biden, vise à renforcer l’influence étasunienne dans la région en consolidant l’intégration politique et économique d’Israël avec les autres États du Moyen-Orient. Ces traités ont notamment ouvert la voie à un accord de libre-échange entre les Émirats arabes unis et Israël, conclu en 2022, le premier entre Israël et un État arabe. La valeur des échanges commerciaux entre les deux pays a dépassé 3.24 milliards de dollars en 2024, contre seulement 150 millions en 2020, et près de 600 entreprises israéliennes se sont installées aux Émirats. Le Soudan et le Maroc ont également conclu des traités similaires avec Israël, répondant ainsi à de fortes incitations de la part des États-Unis.
Les processus de normalisation officielle entre Israël et ses alliés, en particulier les monarchies du Golfe, visent à isoler encore davantage la question palestinienne, et surtout à renforcer une alliance régionale soutenant les États-Unis et ses intérêts, s’opposer à l’Iran, et garantir la stabilité néolibérale autoritaire de la région.
Israël au service des États-Unis, et non l’inverse
Le soutien de Washington à l’État d’Israël est dès lors lié à ses intérêts impériaux : l’importance stratégique des ressources pétrolières et gazières de la région, et l’accumulation des capitaux liés à ces ressources. Les monarchies du Golfe disposent de réserves parmi les plus élevées au monde : selon les estimations les plus courantes (l’évaluation des réserves de pétrole est particulièrement controversée) elles détiennent 40 à 50 % des réserves authentifiées de pétrole, et entre 20 à 40 % du gaz mondial, tout en fournissant près de 20 % de la production mondiale de pétrole.
Israël et les monarchies du Golfe – comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar – sont des piliers essentiels de l’influence et la puissance étasunienne au Proche-Orient, contribuant à maintenir sa domination mondiale sur les énergies fossiles. Cette articulation entre soutien à Israël et domination énergétique est résumée par la formule attribuée à Alexander Haig, secrétaire d’État des États-Unis sous Nixon, selon laquelle Israël serait « le plus grand porte-avion américain au monde », impossible à couler, ne transportant aucun soldat américain et situé dans une région stratégique. Joe Biden, alors sénateur, déclarait également en 1986 qu’investir trois milliards de dollars par an en Israël était « le meilleur investissement » possible pour les États-Unis, ajoutant que, si Israël n’existait pas, Washington devrait l’inventer pour protéger ses intérêts régionaux.
« Israël et les monarchies du Golfe – comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar – sont des piliers essentiels de l’influence et la puissance étasunienne au Proche-Orient, contribuant à maintenir sa domination mondiale sur les énergies fossiles. »
La centralité des combustibles fossiles – à la fois sources d’énergie et matières premières de l’industrie pétrochimique – a donné à toute la région une importance majeure dans l’organisation de l’accumulation capitaliste dans l’économie mondiale. Les excédents de capitaux issus des ventes de pétrole brut, de gaz et de produits pétrochimiques ont également joué un rôle décisif dans le développement de l’architecture financière globale dominée par les États-Unis. Cela reste le cas aujourd’hui, ces capitaux nourrissant les marchés financiers étasuniens et l’armement militaire étasunien. En même temps, le contrôle de la distribution des flux pétroliers est très important dans la stratégie impériale étasunienne. D’ailleurs, les exportations pétrolières issues des pays du Moyen-Orient au cours de la dernière décennie se sont orientés à environ 75 % vers la Chine et l’Asie orientale. Les points de passage stratégiques tels que le détroit d’Ormuz, par lequel passe près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié, sont fondamentaux pour la sécurité énergétique de ces régions. C’est pourquoi, pour Washington, il reste crucial de maintenir une domination impériale dans cette région afin d’avoir l’option d’entraver et de désorganiser ces flux, y compris dans un potentiel conflit avec la Chine. Cette phrase de l’universitaire et géographe David Harvey reste d’une actualité criante : « celui qui contrôle le Moyen-Orient contrôle le robinet de pétrole mondial et celui qui contrôle le robinet de pétrole mondial peut contrôler l’économie mondiale, au moins pour un avenir proche ».
Dans ce cadre, ce sont bien les États-Unis qui fixent le rythme et les objectifs finaux des guerres aux Moyen-Orient, et Israël qui suit. La dernière guerre contre l’Iran l’illustre. Washington ne cherche pas un changement de régime mais un « changement de comportement », à l’instar du Venezuela : éliminer les dirigeants jugés hostiles à ses objectifs et favoriser l’émergence, au sein même du régime, d’une faction plus favorable aux intérêts étasuniens. Jusqu’à présent, en Iran, cela demeure un échec et reste hautement incertain à l’avenir. À l’inverse, le gouvernement israélien visait initialement la chute du régime iranien, ou à défaut la transformation de l’Iran en État défaillant ou quasi défaillant. Confronté à l’impossibilité de pouvoir compter sur un retour du Chah, auquel l’administration Trump ne croit pas et qui reste dépourvu d’une base sociale et populaire en Iran, Tel-Aviv semble davantage miser sur un effondrement et une fragmentation de l’État iranien, dont près de la moitié de la population appartient à des minorités ethniques, afin d’accomplir un ancien projet de fragmentation de son environnement régional. Mais cette option ne correspond pas aux intérêts de Washington ni de ses alliés régionaux, car elle ébranlerait significativement la stabilité régionale, et les intérêts étasuniens avec. L’échec des expériences des invasions militaires en Afghanistan et surtout en Irak, continuent de représenter des leçons que les États-Unis ne veulent pas renouveler en raison des conséquences négatives pour leur impérialisme. L’invasion de l’Irak en 2003, puis l’occupation du pays, ont entrainé sa fragmentation, l’affaiblissement de l’État et le renforcement de l’influence de Téhéran sur son sol, notamment à travers les partis, réseaux religieux et milices fondamentalistes chiites.
Enfin, dans la même logique, c’est le président des États-Unis qui a imposé le cessez le feu avec l’Iran, aussi fragile soit-il, et auquel Netanyahou a dû se plier, non sans réticence. D’autres exemples pourraient être mentionnés, notamment au Liban et en Syrie : Israël peut y poursuivre ses actions meurtrières ou élargir son occupation, mais toujours avec l’approbation et le soutien des États-Unis.
Conclusion
Entre son enlisement dans plusieurs guerres au Moyen-Orient, la crise financière mondiale de 2007-2008, l’émergence de nouvelles puissances internationales et les soulèvements populaires débutés en 2010-2011, les États-Unis se confrontent à la fin de son « moment unipolaire » post Guerre froide et au déclin relatif de sa puissance impériale. Si cela se traduit particulièrement au niveau économique, c’est toutefois compensé par une supériorité militaire écrasante, incitant la classe dirigeante étasunienne à compter sur cette puissance militaire pour réaffirmer sa suprématie mondiale. Dans cette stratégie d’utilisation plus systématique de la violence guerrière, l’armée d’occupation israélienne est un atout crucial pour les intérêts étasuniens. En retour, Israël, en tant qu’État fondé sur le nettoyage ethnique du peuple palestinien, suscitant la colère et l’hostilité à travers la région, est dès lors contraint de s’appuyer sur le patronage impérial étasunien et d’en être son instrument contre un changement radical au Moyen-Orient.
Comprendre ces dynamiques impérialistes, ne signifie pas pour autant que les lobbys sionistes aux États-Unis et dans les États occidentaux soient inefficaces ou ne disposent pas d’une influence significative. Ils promeuvent des politiques spécifiques, souvent nationales, qui permettent de justifier le soutien occidental à Israël, comme la promotion de la définition de l’antisémitisme établie par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), qui tend à assimiler une critique contre Israël à de l’antisémitisme, des loi anti-« Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS) ou plus généralement de criminalisation du soutien à la Palestine. Mais leurs activités s’inscrivent dans le cadre de la structure impériale et des intérêts des classes dirigeantes étasuniennes et occidentales. Son succès dépend des intérêts de ces dernières et non le contraire.











