La plus grande victoire de la politique israélienne serait de nous faire oublier Gaza, de normaliser l’innommable. Le génocide continue, comme en témoigne ces messages reçus par des habitant.es de Gaza avec qui nous sommes en contact
Témoignage de F., enseignante et mère de trois enfants de 3 à 7 ans
« Notre vie, avec mon mari et nos trois enfants, continue dans les tentes. Notre quartier à Khan Younes est complètement détruit. Notre immeuble n’est plus qu’une ruine. À ce jour, nous ne voyons toujours aucune reconstruction. Je n’ai pas le souvenir d’une journée sans martyr. Au moment même où je vous écris, ils viennent de bombarder une tente à Deir al Balah.
Depuis plusieurs semaines, nous subissons une autre souffrance, celle des rongeurs, des insectes et des puces. Cette souffrance n’a aucune limite.
Peu importe combien nous essayons de nous adapter, la vie est devenue très difficile. Rien que penser à l’avenir, à ce qui nous attend ou à combien de temps notre vie restera ainsi, est épuisant. Mes enfants me posent toujours la même question : « Quand rentrerons-nous à la maison, maman ? ». Et je ne sais pas quoi leur répondre. »
Témoignage de M.
« Avec ma famille, nous nous sommes reinstallés dans notre immeuble au nord-Est de Gaza. Il a subi d’importants dégâts mais ne s’est pas effondré. Ca reste mieux que les tentes. Sauf que l’occupation ne se limite pas aux démolitions au bulldozer et aux bombardements incessants.
À présent, ils ont installé une tente sur une colline, d’où un sniper « nous voit tous », et il tire sans discontinuer depuis ce matin. Ils ont rendu les allées et venues, ainsi que les déplacements, presque impossibles. On les voit, et ils nous voient, à l’œil nu. On les voit juste devant soi, en train de se relayer, de viser et de tirer.
Notre immeuble se trouve en face de cette maudite colline, sur la ligne jaune. Je ne peux plus circuler dans toute la partie Est de ma propre maison, où se trouve la cuisine, car c’est dans la ligne de mire du sniper. Nous sommes obligés avec ma femme et mes enfants de rester dans la chambre, exposée côté ouest. C’est la seule pièce un peu plus sûr.
Ce n’est pas une vie. Les paroles de consolation sont inutiles, les discours et les slogans ne peuvent rien changer.
Tout discours, toute réunion, toute prise de position ou toute voie qui ne repose pas sur la vie, la sécurité, la dignité et le bien-être du peuple de Gaza est une trahison. Nous vivons véritablement en enfer. La mort est la plus merveilleuse des solutions à cette existence infernale. »
Gaza, avril 2026
© 2026 Yaani Mentions légales.
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