À l’occasion de la visite de Benyamin Netanyahou à Washington, Donald Trump a provoqué un tollé mondial en déclarant que les Etats-Unis prendraient le contrôle de la bande de Gaza pour la transformer en « Côte d’Azur », avant de répéter ses appels explicites au nettoyage ethnique et à l’expulsion des Palestiniens.
La nouvelle administration Trump s’inscrit dans la droite ligne de la politique pro-israélienne de l’administration Biden, dont le soutien militaire et diplomatique inconditionnel a joué un rôle central dans la guerre génocidaire dévastatrice menée contre Gaza.
Un mois après son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump semble déterminé à pousser cette politique à son paroxysme.
Le président américain a levé les quelques maigres sanctions symboliques imposées contre certains colons de Cisjordanie, et débloqué une livraison de bombes d’une tonne au régime israélien. Autant de cadeaux offerts à Israël, alors que la politique coloniale et annexionniste s’intensifie en Cisjordanie.
De telles inquiétudes sont renforcées par le profil de la nouvelle administration américaine. Trump s’est entouré d’un cercle de personnalités férocement hostiles au peuple palestinien. Qui sont les membres de cette administration et quelles idéologies structurent leur vision anti-palestinienne ?
Dans cette nébuleuse, on peut distinguer quatre profils qui représentent chacun un versant de la politique moyen-orientale de Trump : les sionistes chrétiens, les faucons pro-israéliens, les affairistes et les antisémites soutiens d’Israël.
Les sionistes chrétiens
La première idéologie de cette administration est celle du sionisme chrétien, un courant très actif et puissant aux Etats-Unis, notamment autour de la droite américaine. Mouvement théologico-politique né au sein du protestantisme britannique, il soutient la création puis l’expansion de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif sur la base d’une lecture littérale de l’Ancien Testament et de ses prophéties. L’accomplissement de ces prophéties passe par le « retour » des Juifs et « la restauration de leur souveraineté » sur la terre de l’Israël biblique, qui leur aurait été promise par Dieu.
Dans cette vision, une souveraineté exclusivement juive doit être établie sur toute la Terre sainte, de même que l’actuelle Esplanade des Mosquées, à Jérusalem, doit être remplacée par la construction du Troisième Temple.
Les sionistes chrétiens conçoivent le soutien à Israël comme un devoir patriotique et religieux, ce qui ne les empêche pas de développer une vision anti-judaïque. Car le “retour des juifs en terre d’Israël” est perçu comme un moyen de précipiter la seconde venue du Messie, une étape après laquelle une partie des Juifs seront convertis au christianisme, et les autres mourront.
Ce courant est aujourd’hui hégémonique au sein des communautés évangéliques américaines. Ces dernières s’organisent pour peser sur la scène politique américaine où elles ont acquis une influence certaine, notamment autour des Républicains, si bien que le sionisme chrétien est devenu un marqueur politique de la droite conservatrice et nationaliste américaine.
Aux côtés d’autres lobbies pro-israéliens comme l’AIPAC (American Israel Affairs Committee), les sionistes chrétiens forment des groupes de pression, à l’instar du Christians United for Israel, du Christian’s Israel Public Action Campaign, ou des Christians Friends for Israeli Communities.
Leur influence pendant le premier mandat Trump, de 2016 à 2020, s’était déjà fait sentir, à travers la décision de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, puis la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan occupé.
Si cette idéologie qui prône un grand Israël de la Mer au Jourdain traverse toute l’administration Trump, au moins trois postes clés ont été confiés à des représentants directs des sionistes évangéliques.
Mike Huckabee, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Israël, est l’un d’entre eux. Il s’est fait remarquer pour ses propos niant l’occupation et la colonisation israéliennes : « Il n’y a rien qui s’appelle la Cisjordanie. C’est la Judée et la Samarie. Il y a certains mots que je refuse d’employer. Les colonies n’existent pas, ce sont des communautés, des quartiers, des villes. L’occupation n’existe pas ».
Pete Hegseth, le nouveau chef du Pentagone, a tenu des propos similaires, favorables à l’annexion des colonies, à la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie…et à la construction du Troisième Temple.
Autre personnage ayant évolué dans des sphères proches de l’évangélisme : Morgan Ortagus, la nouvelle « envoyée spéciale adjointe pour la paix au Moyen-Orient », qui a grandi dans une famille évangélique avant de se convertir au judaïsme.
Les faucons pro-israéliens
En plus de ces idéologues imprégnés de visions religieuses, l’administration Trump II compte des faucons radicalement pro-israéliens. Ces personnalités ont fermement soutenu Israël dans son entreprise génocidaire contre Gaza, et sont partisanes d’une politique agressive contre le Moyen-Orient et les droits des Palestiniens.
C’est le cas de Marco Rubio, nouveau secrétaire d’Etat. Celui-ci a très fortement appuyé l’invasion de Rafah en mai 2024, en la comparant à « une traque contre Adolf Hitler ».
Michael Waltz, secrétaire à la sécurité nationale, a exhorté Israël à « finir le boulot » à Gaza.
Des appels au génocide que ne devrait pas renier Stephen Miller, le nouveau chef de cabinet adjoint de Donald Trump, un proche de la Zionist Organization of America, qui prône l’expulsion de tous les Palestiniens.
L’écrasement physique et politique des Palestiniens est aussi l’un des fondamentaux de Elise Stefanik, la nouvelle représentante aux Nations Unies, elle qui a joué un rôle central dans la campagne de dénigrement de l’UNRWA.
Un tel projet politique est directement conforme à l’agenda belliciste israélien, ainsi qu’à ses politiques de nettoyage ethnique.
Rappelons que Benyamin Netanyahou a affirmé à plusieurs reprises vouloir reprendre la guerre contre Gaza. Et qu’en octobre 2024, la Knesset a voté, à une large majorité, deux textes visant à interdire les activités de l’UNRWA, une agence dans le viseur d’Israël depuis longtemps.
Des femmes et hommes d’affaires aux intérêts bien particuliers
La galaxie Trump compte également ses femmes et hommes d’affaires, dont les intérêts sont alignés avec la politique moyen-orientale du nouveau président. Outre le messianisme, c’est en effet l’affairisme qui caractérise la « marque Trump » dans la région : des projets économiques fructueux, dans le cadre de normalisations avec ses partenaires arabes, notamment l’Arabie Saoudite.
Miriam Adelson, femme d’affaire israélo-américaine, cinquième fortune des Etats-Unis, a fait un don de 100 millions de dollars à la campagne de Trump, en échange de quoi elle espère obtenir une annexion de la Cisjordanie.
Steve Witkoff, le nouvel envoyé spécial au Moyen-Orient, est un promoteur immobilier et un donateur de l’État israélien.
Il porte une vision « business » du Moyen-Orient qui fait écho aux propos de Donald Trump tenus ce mardi 4 février et à ses velléités de redessiner le territoire gazaoui, en fonction des intérêts économiques américains.
Le nouvel envoyé pour les affaires d’otages, Adam Boehler, est un autre homme d’affaires ayant participé aux négociations des accords d’Abraham pendant le premier mandat Trump.
Il est un ami personnel de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, l’artisan principal des accords d’Abraham, et dont la fondation finance les colonies en Cisjordanie. En mars 2024, Kushner affirmait déjà qu’Israël devait « nettoyer » Gaza, et que « les propriétés en bord de mer de Gaza étaient très précieuses ».
Antisémites et soutiens d’Israël
Il est important de comprendre que ces visions pro-israéliennes ne sont pas incompatibles avec une idéologie antisémite. Au contraire, l’administration Trump compte à la fois des personnalités aux positions farouchement pro-israéliennes, tout en étant proches de l’extrême-droite antisémite.
Sebastian Gorka, conseiller adjoint de Trump, est par exemple à la fois un ferme soutien d’Israël et un proche du régime antisémite d’extrême-droite en Hongrie.
L’alignement de Benyamin Netanyahou sur l’extrême-droite mondiale antisémite, à condition qu’elle soutienne ses projets d’épuration ethnique, est une politique ancienne.
Récemment, le Premier ministre israélien a soutenu Elon Musk, qui a suscité un tollé en effectuant un salut nazi lors de l’investiture de Trump, en rappelant qu’il était « un grand ami d’Israël ».
Il est important de comprendre que ces visions pro-israéliennes ne sont pas incompatibles avec une idéologie antisémite. Au contraire, l’administration Trump compte à la fois des personnalités aux positions farouchement pro-israéliennes, tout en étant proches de l’extrême-droite antisémite.
Sebastian Gorka, conseiller adjoint de Trump, est par exemple à la fois un ferme soutien d’Israël et un proche du régime antisémite d’extrême-droite en Hongrie.
L’alignement de Benyamin Netanyahou sur l’extrême-droite mondiale antisémite, à condition qu’elle soutienne ses projets d’épuration ethnique, est une politique ancienne.
Récemment, le Premier ministre israélien a soutenu Elon Musk, qui a suscité un tollé en effectuant un salut nazi lors de l’investiture de Trump, en rappelant qu’il était « un grand ami d’Israël ».
Le profil de la nouvelle administration Trump laisse donc présager un futur extrêmement préoccupant pour les droits du peuple palestinien.
Ses composantes idéologiques, largement imprégnées de sionisme chrétien et de messianisme, sont alignées sur les projets israéliens d’annexion et de poursuite du nettoyage ethnique de la Palestine.
Son dessein futuriste de vider Gaza de ses habitants et d’y établir une « Riviera », à coup de fructueux programmes économiques, menace les Palestiniens d’une nouvelle Nakba.
Face à cet avenir dystopique, les réactions des Etats arabes, à commencer par l’Arabie Saoudite – dont Donald Trump souhaite qu’elle normalise avec Israël – seront déterminantes.
05/02/2025
© 2026 Yaani Mentions légales.
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