mercredi 23 septembre 2026

Répression coloniale : le gouvernement britannique laisse mourir de faim des prisonnier·es politiques

Le 2 novembre 2025 – anniversaire de la déclaration Balfour –, deux militant·es britanniques de Palestine Action ont commencé une grève de la faim en prison. C’est la plus longue grève de la faim entamée au Royaume-Uni depuis celle des prisonnier·es républicain·es irandais·es de 1981. 29 prisonnier·es britanniques ont été emprisonné·es suite à la participation d’actions directes organisées par Palestine Action. On vous explique…

Palestine Action est une organisation d’action directe fondée en 2020. Elle naît d’un constat simple : face à l’inaction occidentale quant aux crimes coloniaux commis par Israël, attaquer directement l’industrie de l’armement est un mode d’action efficace.

Elbit Systems, première entreprise d’armement israélienne, possède dix sites de production au Royaume-Uni. L’entreprise teste ses technologies sur les Palestinien·nes, avant de les vendre à ses partenaires comme « testées au combat ». 

Depuis 2020, les activistes de Palestine Action ont occupé et vandalisé des usines pour empêcher ou détruire la production d’armes utilisées par Israël.

Deux de leurs actions ont entraîné des emprisonnements arbitraires.

Le 6 août 2024, des activistes de l’organisation ont envahi l’usine Elbit Systems de Filton, qui produit notamment des drônes utilisés pour mener des frappes lors de la guerre génocidaire menée par Israël dans la bande de Gaza. Cette action a généré plus d’un million d’euros de dommages à l’entreprise. Huit personnes ont été arrêtées et placées en détention provisoire juste après l’action, et, en juillet 2025, le nombre de personnes arrêtées et placées en détention sans procès suite à l’enquête s’élève à 24. Iels sont donc connu·es comme les « Filton 24 ».

Le 20 juin 2025, des activistes de ont envahi Brize Norton, la plus grande base de la Royal Air Force. L’armée de l’air britannique organise des vols de surveillance au-dessus de Gaza, et met à disposition sa base de Chypre pour permettre l’approvisionnement en carburant d’avions militaires israéliens. Cette action a généré plus de huit millions d’euros de dommages. Cinq militant·es ont été placé·es en détention – connu·es comme les
« Brize Norton 5 ».

Suite à cette action, la secrétaire d’État à l’Intérieur britannique a introduit une loi votée par le Parlement classifiant Palestine Action comme une organisation terroriste, une première pour un groupe civil de mobilisation qui n’a jamais tué ou appelé à tuer personne. Cette interdiction montre bien qu’au Royaume-Uni comme en France, les États complices de génocide mettront tous les moyens à leur disposition pour criminaliser celles et ceux qui demandent dignité et justice pour le peuple palestinien.

Ces 29 prisonnier·es devraient être maintenu·es en détention jusqu’à deux ans avant d’être jugé·es – excédant la durée standard de détention provisoire de six mois prévue au Royaume-Uni, suite à l’intervention de la secrétaire d’État à l’Intérieur Yvette Cooper. Les avocat·es et les proches des prisonnier·es ont par ailleurs signalé des censures dans leur courrier, des restrictions de contacts avec les proches, des refus d’accès aux emplois des prisons, et des traitements hostiles répétés de la part du personnel pénitentiaire. 

En janvier 2025, trois rapporteur·euses spéciaux des Nations unies, inquiété·es par les conditions de détention et l’utilisation de la législation anti-terroriste dans l’affaire des Filton 24, ont fait part de leurs préoccupations au gouvernement britannique. 

Par ailleurs, des rencontres répétées concernant ces affaires entre représentant·es britanniques et israélien·nes, procureur général et représentant·es d’Elbit Systems impactent grandement la neutralité du procès qui est pourtant un droit humain fondamental.

En août-septembre 2025, l’une des prisonnières, « T » Hoxha, a entamé une grève de la faim individuelle de 28 jours, qui demandait la fin des censures dans ses courriers et le rétablissement de son travail à la bibliothèque de la prison.

Le 20 octobre 2025, le collectif Prisoners for Palestine a transmis à la secrétaire d’État à l’Intérieur une liste de demandes qui – si elles n’étaient pas acceptées – entraîneraient une grève de la faim prenant effet le 2 novembre. Les demandes sont les suivantes : 

– La fin de la censure des prisonnier·es,
– La libération immédiate sous caution des prisonnier·es,
– Le droit à un procès équitable,
– L’annulation de la proscription de Palestine Action comme organisation terroriste, et l’arrêt de l’utilisation de la législation anti-terroriste,
– La fermeture des sites de production d’Elbit Systems et de ses subsidiaires au Royaume-Uni.

Ces revendications n’ayant pas été entendues, huit prisonnier·es ont progressivement entamé une grève de la faim à partir du 2 novembre. La répression et la violence exercée sur les grévistes est particulièrement choquante.

Plusieurs prisonnier·es de prisons londoniennes ont été déplacé·es dans le nord de l’Angleterre, à plusieurs heures de la capitale, pour les éloigner des manifestations de solidarité organisées quasi quotidiennement. 

La grève de la faim d’Amu Gib – un des militant·es –, n’a pas été reconnue par l’administration pénitentiaire. L’activiste n’a donc pas pu avoir d’assistance médicale pendant plus de dix jours.

Cinq des huit grévistes ont été hospitalisé·es, parfois à plusieurs reprises. Mais les conditions à l’hôpital relèvent également de la violence d’État : iels n’ont pas pu voir leurs avocat·es ou leur famille. 

Un médecin hospitalier a révélé lors d’une conférence de presse que les prisonnier·es restaient menotté·es pendant l’intégralité de leur hospitalisation, y compris aux toilettes. 

Le 17 décembre, Qesser Zuhra, qui souffrait de fortes douleurs au niveau du torse, a été hospitalisée. Cette hospitalisation a été rendue possible par une manifestation de plusieurs heures devant sa prison et par l’intervention de la députée Zarah Sultana, alors que le personnel pénitentiaire refusait d’appeler une ambulance depuis plus d’une journée.

Le gouvernement travailliste a systématiquement refusé de s’entretenir avec les grévistes de la faim, en invoquant la séparation des pouvoirs. Ce prétexte est d’une ironie glaçante, car le gouvernement travailliste s’est entretenu avec des représentant·es d’Elbit Systems en décembre 2024 – soit quatre mois après la mise en détention provisoire des Filton 24 – lors d’une réunion secrète, information révélée par Declassified UK.

La plupart des grévistes de la faim ont interrompu – et non arrêté définitivement – leur grève, en suivant les recommandations médicales. Il reste à l’heure actuelle deux grévistes de la faim, dont l’état de santé est particulièrement critique.

Heba Mursei en est à son 66ème jour. Elle n’arrive plus à parler, a de fortes douleurs musculaires et des difficultés respiratoires importantes. D’origine palestinienne, elle a déclaré : « Je veux rendre extrêmement clair le fait que ce n’est pas lié à la mort, car, contrairement à l’ennemi, j’aime la vie, et mon amour pour la vie et pour mon peuple est la raison de mon incarcération ».

Kamran Ahmed en est à son 60ème jour de grève de la faim. Il a été hospitalisé six fois, a perdu l’audition sur une oreille, et a un rythme cardiaque extrêmement bas. Il a déclaré : « Oui, j’ai peur de mourir. Oui, j’aurais peut-être des séquelles à vie. Mais je pèse le pour et le contre. Je pense que cela en vaut la peine ».

Comme lors de la grève de la faim des prisonnier·es républicain·es irandais·es de 1981, le gouvernement britannique préfère laisser mourir celles et ceux qui dénoncent ses politiques coloniales plutôt que de les écouter.