Pourquoi l'arraisonnement du « Madleen » par l’armée israélienne et l'arrestation de ses membres sont illicites en droit international

Soldat israélien sur le Jabal el-Cheikh (Mont Hermon) dans le Golan syrien occupé par Israël

Une explication par François Dubuisson, professeur en droit international à l’ULB.

Le voilier « Madleen » comptait à son bord une dizaine d’activistes internationaux, dont six ressortissants français. Parmi ces militants, se trouvaient l’eurodéputée française Rima Hassan, et Greta Thunberg, connue pour ses combats en faveur de la justice sociale et de l’écologie.

Parti d’Italie le 1er juin, il visait à briser le siège de la bande de Gaza, imposé par Israël, et à fournir des vivres aux Palestiniens qui subissent une politique de famine délibérée et une guerre génocidaire. Cette initiative, dont le nom fait référence à « Madleen Kullab », la première pêcheuse professionnelle de Gaza, fait partie d’un mouvement international qui, depuis 2006, tente régulièrement de briser le blocus de Gaza. En 2010, alors que le Mavi-Marmara tente de rejoindre Gaza, les forces israéliennes lancent un assaut, en tuant 9 militants pro-palestiniens.

Cette fois-ci, alors que l’attention internationale a été mobilisée afin d’amoindrir le danger portant sur les militants à bord, les autorités israéliennes ont opté pour une interception du navire, dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 juin.

Les militants à bord ont été kidnappés et transférés de force vers le port israélien d’Ashdod. En dépit de la campagne de propagande israélienne visant à présenter cette arrestation comme une simple intervention, le droit international, lui, est clair : cette arrestation est illégale.

Nous reproduisons ici les explications de François Dubuisson, professeur de droit international à l’Université libre de Bruxelles (ULB).

L’argument d’Israël consiste à se fonder sur le blocus maritime de Gaza, décrété en 2009. En droit des conflits armés, un blocus est une mesure militaire qui doit faire l’objet d’une notification et qui, si elle répond à certaines conditions (voir ci-dessous), permet d’intercepter un navire ou un aéronef qui se dirige vers la zone sous blocus. En matière maritime, un blocus (licite) permet ainsi d’arraisonner un bateau étranger, même en haute-mer.

En droit des conflits armés, les conditions de légalité du blocus maritime ont été codifiées dans ce que l’on appelle le « Manuel de San Remo ». En particulier, un blocus maritime n’est licite que si il est « proportionné » à l’avantage militaire escompté, compte tenu de ses effets sur la population civile et de l’interdiction des peines collectives. La partie imposant le blocus doit également permettre le libre passage des vivres et autres fournitures essentielles.

Le blocus de Gaza étant en vigueur depuis 16 ans, il ne fait aucun doute que ses effets sont totalement disproportionnés, davantage encore dans le contexte actuel, avec le risque de famine touchant la population palestinienne.

En outre, la légalité d’un blocus doit également être évaluée compte tenu du contexte juridique plus global.

En l’occurrence, comme l’avis de la Cour internationale de Justice de juillet 2024 l’a confirmé, la bande de Gaza est demeurée sous occupation israélienne depuis 2005, en dépit du « désengagement », et cette occupation, comme celle des autres territoires palestiniens, est illégale en elle-même, contraire au droit à l’autodétermination et à l’interdiction du recours à la force.

Un blocus est considéré comme étant un acte d’agression s’il sert une occupation illégale (résolution 3314 de l’Assemblée générale, codifiant le droit coutumier).

Au regard de ces éléments, l’arraisonnement en haute-mer du « Madleen » se fait en dehors de tout fondement juridique valable et est dès lors illégal en droit international.

Il s’ensuit que l’arrestation des militants est également illégale.

Les États dont les ressortissants ont été détenus arbitrairement devraient donc demander des comptes à Israël, exiger leur libération immédiate et la restitution de leur bateau.