Dans la nuit de lundi à mardi (du 17 au 18 mars 2025), l’armée israélienne a massivement bombardé l’ensemble de la bande de Gaza, rompant unilatéralement le cessez-le-feu. On compte déjà plus de 400 tués, dont au moins 130 enfants.
De nombreux médias reprennent la propagande israélienne, présentant ces attaques comme une prétendue
« réaction » au soi-disant « refus » du Hamas de « libérer les otages ». Il s’agit là d’une inversion flagrante des faits : Israël a violé le cessez-le-feu à plusieurs reprises, avec le soutien de Trump.
Pour rappel, le cessez-le-feu signé le 15 janvier 2025 prévoit la libération de tous les captifs israéliens en trois phases. Pourtant, de nombreux rapports et témoignages indiquent que Netanyahou n’a jamais envisagé d’aller au-delà de la première phase achevée le 1er mars. Il empêche la poursuite des négociations pour la deuxième phase (qui devaient commencer le 6 février), bloquant ainsi unilatéralement la mise en œuvre de la deuxième partie du cessez-le-feu.
Les États-Unis soutiennent les manœuvres de Benyamin Netanyahou. Donald Trump a lui-même déclaré que
« l’enfer allait se déchaîner dans la région ». Le soutien actif de Trump à Israël a permis à Netanyahou de gagner du temps et de torpiller l’accord en imposant de nouvelles conditions au Hamas : étendre indéfiniment la phase 1, et libérer un maximum de captifs israéliens, sans assurance d’un cessez-le-feu définitif.
Pour faire pression sur le Hamas, le gouvernement israélien a recours à des crimes de guerre et crimes contre l’humanité : poursuivre l’organisation de la famine comme méthode de guerre, en bloquant toute entrée de l’aide humanitaire depuis le 2 mars et en coupant l’électricité le 9 mars.
Ces crimes sont déjà au cœur des mandats d’arrêt lancés par la Cour pénale internationale contre Netanyahou et Gallant. La CPI rappelait déjà que les agissements des dirigeants israéliens ont créé « des conditions de vie calculées pour entraîner la destruction d’une partie de la population civile de Gaza, ce qui a provoqué la mort de civils, y compris d’enfants, pour cause de malnutrition et déshydratation ».
Il faut le rappeler : avant même les massacres d’hier soir et la campagne de famine, l’armée israélienne tuait quotidiennement des civils à Gaza alors que le cessez-le-feu était entré en vigueur : plus d’une centaine depuis janvier, avec une entrée de l’aide au compte-gouttes. Netanyahou déchire l’accord et sacrifie sciemment les otages israéliens, notamment en vue de poursuivre un agenda politique interne.
Les massacres d’hier soir (le 17 mars 2025) ont eu lieu alors que Netanyahou devait être convoqué ce matin à 11h dans le cadre de son procès pour corruption. L’audience a opportunément été annulée, lui offrant un répit supplémentaire.
La reprise de la guerre génocidaire contre les Palestiniens de Gaza lui permet aussi de renforcer sa coalition fragile, avec le retour annoncé du ministre suprémaciste Itamar Ben Gvir, qui avait quitté le gouvernement à la suite de la signature du cessez-le-feu. La reprise de la guerre est ainsi une manière pour Netanyahou de recréer une forme de cohésion au sein de sa coalition en vue d’assurer sa survie politique.
En effet, la Knesset doit voter, fin mars, le budget de la coalition Netanyahou. En cas d’échec, le parlement israélien serait dissous et de nouvelles élections auraient lieu. En reprenant la guerre, Netanyahou s’assure d’alliés pour l’adoption de ce budget.
Parallèlement, le plan de la Ligue arabe, qui prévoit une reconstruction de Gaza sur les cinq prochaines années avec un engagement de 50 milliards de dollars et la mise à l’écart du Hamas de sa gestion, a été refusé par le gouvernement israélien au profit du projet de nettoyage ethnique proposé par Trump.
La reprise des bombardements s’inscrit dans le génocide commis par Israël contre les Palestiniens de Gaza. Là encore, l’intention est « de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».
Ce génocide remplit les trois critères posés par la Convention sur le génocide :
Le premier critère exige que les personnes visées fassent partie d’un groupe protégé. La CIJ a reconnu que les Palestiniens de Gaza (2,3 millions) sont une partie substantielle du groupe protégé plus large composé de tous les Palestiniens vivant en Palestine.
Le deuxième critère passe par la commission d’un ou plusieurs des cinq actes matériels prévus par ladite Convention : meurtres ; atteintes à l’intégrité physique ou mentale des membres ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction totale ou partielle ; des mesures visant à entraver les naissances, etc. Les bombardements israéliens massifs qui ont coûté la vie à près de 50 000 Palestiniens, dont 70% de femmes et d’enfants, le recours à la famine, l’impossibilité quasi absolue d’accéder à l’eau potable et à l’électricité, les conditions de vie inhumaines dans lesquelles sont plongés les Palestiniens sont autant d’éléments attestant de la destruction partielle ou totale des Palestiniens de Gaza.
Enfin, le troisième critère est l’intention de détruire le groupe. Le génocide est l’aboutissement d’un processus systématique de déshumanisation et de destruction d’un groupe protégé. Les discours visant à le dénigrer, dévaloriser, humilier contribuent à établir l’intention génocidaire.
Depuis le 7 octobre 2023, une large partie des dirigeants politiques et militaires israéliens atteste de l’intention génocidaire :
« Nous détruirons tout. Si un jour ne suffit pas, cela prendra (…) des mois, aucun endroit ne nous échappera » (Yoav Gallant),
« C’est toute une nation qui est responsable » (Isaac Herzog),
« Les animaux humains doivent être traités en tant que tels » (Ghassan Alian), etc.
Les bombardements de la nuit précédente confirment que l’intention d’Israël est de déposséder les Palestiniens de Gaza de leurs terres, en les tuant ou en les contraignant à quitter leurs terres. Ce processus de nettoyage ethnique a débuté dès 1947-1948 avec la Nakba qui n’a jamais cessé et atteint aujourd’hui son apogée.
© 2026 Yaani Mentions légales.
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