Israël se bat pour les « valeurs occidentales » et démocratiques ?

En ce 7 octobre, des commentateurs ou responsables politiques inscrivent cette date dans l’histoire du djihadisme international, à l’instar du 11 septembre ou des attentats qui ont frappé Paris en 2015. Des analogies qui par ricochet font de l’armée israélienne un bouclier, un rempart, contre ces menaces qui viennent d’une « autre civilisation » (comprenez des « Arabes » et des « musulmans »).

Paradoxalement, ces mêmes défenseurs des « valeurs occidentales », plaident pour la paix, s’enorgueillissent d’être issu de la « civilisation » qui façonna le droit international, mais manipulent systématiquement ce même droit pour protéger Israël de toute sanction. L’universalisme qu’ils prétendent défendre transpire les doubles standards et les condamnations à géométrie variable dès lors qu’il s’agit de la Palestine, et à présent aussi du Liban.

Se référer au droit international les conduirait à reconnaître l’asymétrie des forces en présence, que le 7 octobre ne « s’est pas produit en dehors de tout contexte » (pour paraphraser le secrétaire général de l’ONU) mais entre deux peuples marqués par 75 ans de rapports de domination et de politiques coloniales, de résolutions onusiennes et de décisions de justice piétinées.

Se référer au droit international c’est devoir reconnaître que la Cour pénale internationale s’appuie sur des normes juridiques de la même manière quel que soit l’acteur politique visé. Le Procureur de la CPI a ainsi pointé, sans ambiguïté, les crimes commis par les dirigeants israéliens et ceux du Hamas. Des crimes que ni le légitime « droit à la résistance » pour tous les peuples opprimés, ni le « droit à la défense d’un État », ne peuvent absoudre.

Se référer au droit international, c’est reconnaître qu’il n’existe aucune définition internationalement admise de « terrorisme ». En considérant comme telle une attaque qui viserait indistinctement civils et militaires dans le but de terroriser, alors cela vaut factuellement autant pour le 7 octobre que pour ce que vivent les Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Le terrorisme peut etre utilisé par un groupe non-étatique comme par un État.

Se référer au droit international, c’est rappeler que la libération immédiate des otages israéliens doit être corrélée, pour être cohérente, à celle des milliers de prisonniers politiques palestiniens, dont 3380 sont retenus administrativement, c’est-à-dire sans jugement ni procès.

Ne pas parler droit international c’est tenter de faire oublier que la Cour internationale de Justice a alerté sur le « risque plausible, réel et imminent de génocide » dans la bande de Gaza, ou que cette même Cour internationale de Justice, en se fondant sur le droit et rien que le droit, a rappelé que la bande de Gaza a été, est, et demeure, un Territoire occupé.
Nous refusons de toutes nos forces, en tant qu’ « occidentaux », d’être associés d’une quelconque manière à la politique menée par un gouvernement d’extrême droite et aux actes perpétrés par son armée. Nos « valeurs » se trouvent au sein des ONG et humanitaires qui tentent d’acheminer une aide à Gaza, aux côtés de ceux qui en Palestine comme en Israël luttent pour la justice et l’égalité, contre l’apartheid et le colonialisme.

En parlant de « valeurs occidentales », de « monde libre », sans jamais y associer le droit international et ses instances, ils ne défendent aucune autre valeur que celle du plus fort, de la perpetuation du colonialisme et du maintien d’un régime d’apartheid.

07/10/2024