Votée par le cabinet de guerre israélien le 5 mai dernier, l’énième phase de la guerre génocidaire et de la conquête territoriale de Gaza a débuté le samedi 17 mai au matin.
Son nom résume à lui-seul les objectifs affichés d’Israël : « l’opération Chariots de Gédéon », telle qu’elle est nommée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. C’est une référence au personnage Gédéon qui, selon un récit de l’Ancien Testament, est appelé par Dieu pour vaincre les Madianites, un peuple décrit comme menaçant et envahisseur.
On ne compte plus les déclarations des responsables politiques israéliens affichant à l’envie leurs intentions génocidaires, leurs projets de conquête territoriale et leurs plans de nettoyage ethnique.
Les dernières en date sont celles de Benyamin Netanyahou et de son ministre des Finances Bezalel Smotrich, ce lundi 19 mai. Le premier a annoncé qu’Israël prendrait « le contrôle de tout le territoire de Gaza », tandis que le second a fièrement revendiqué : « Nous détruisons Gaza ! Le monde nous laisse faire ».
La teneur des débats au Parlement israélien, où l’on discute affamement d’enfants, en dit long sur l’état d’esprit génocidaire qui règne en Israël. Il y a deux jours, la parlementaire Michal Waldiger, membre du parti « sionisme religieux » a tout simplement déclaré, à propos de son fils, soldat : « J’espère qu’il tuera tout ce qu’il voit devant lui. […] Oui, y compris les enfants, s’ils utilisent les enfants comme boucliers. On n’a pas le choix ».
L’expansionnisme colonial d’Israël et sa politique génocidaire se traduisent en actes à Gaza avec une intensité dévastatrice depuis une semaine, et singulièrement depuis samedi matin.
La semaine passée (du 12 au 18 mai 2025), l’armée israélienne a redoublé ses bombardements sur l’ensemble de la bande de Gaza, tuant une centaine de Palestiniens quotidiennement.
De vendredi à dimanche soir (du 16 au 18 mai 2025), des bombardements sur l’ensemble de la bande de Gaza ont tué au moins 500 personnes. Cette campagne aérienne extrêmement brutale préparait le terrain à une ré-invasion terrestre massive, entamée dimanche 18 mai dans l’après-midi, au nord et au sud de Gaza.
Au moins deux objectifs président à cette ultime phase de la guerre génocidaire
Le premier est de conquérir la dernière partie de la bande de Gaza qui n’est pas encore sous contrôle de l’armée israélienne et d’y appliquer une politique de destruction totale déjà en cours ailleurs. L’armée israélienne s’est déjà emparée d’environ 70% du territoire palestinien depuis la rupture unilatérale de la trêve par le gouvernement israélien le 18 mars dernier.
Des « zones-tampon », à l’extrême-nord (Jabalia), à l’extrême-sud (Rafah), au centre (corridor de « Netzarim », telle qu’il est nommé par l’armée israélienne en référence à une ancienne colonie à Gaza avant 2005), ou à l’ouest, le long de la barrière d’acier qui emmure Gaza, morcellent le territoire, ce qui facilite sa conquête et son nettoyage ethnique. Les « corridors » construits par l’armée séparent autant de ghettos qui favorisent des incursions de l’armée israélienne. Dans ces « zones-tampon », l’intégralité des bâtiments sont rasés au bulldozer ou explosés.
Cette politique massive de tabula rasa est appliquée quotidiennement depuis un mois dans la région de Rafah, entre le corridor de Philadelphie et le corridor de Morag, nouvel axe construit par l’armée israélienne ce dernier mois, qui sépare Rafah de la région de Khan Younès.
Le but ? Benyamin Netanyahou n’en fait pas de mystères. Lors d’un témoignage devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset le 13 mai dernier, il a déclaré : « Nous détruisons de plus en plus de maisons à Gaza. Les Palestiniens n’ont nulle part où aller. Le seul résultat évident sera que les Gazaouis choisiront d’émigrer hors de la bande de Gaza. Notre principal problème est de trouver des pays d’accueil ».
L’opération « Chariots de Gédéon » vise à étendre cette politique de destruction massive et de nettoyage ethnique déjà en cours à l’ensemble de la bande de Gaza.
Le deuxième objectif, lié au premier, est de masser l’entièreté de la population palestinienne à l’extrême sud de Gaza, dans la région de Rafah, entre le corridor de Philadelphie – qui sépare Gaza de l’Égypte – et l’axe de Morag. Cette politique concentrationnaire, consistant à déporter et enfermer les Palestiniens dans un micro-ghetto, permettrait de faciliter ensuite une expulsion. Elle est déjà en application, l’armée israélienne ayant ordonné un énième ordre de déportation cet après-midi aux habitants de Khan Younès.
L’expulsion finale pourrait être déguisée en « émigration volontaire », langage utilisé par le gouvernement et l’armée israélienne pour masquer leur politique intentionnelle de dégradation des conditions d’existence des Palestiniens de Gaza et de destruction de leur milieu de vie.
Au service du dépeuplement de Gaza – qui se traduit par une extermination via des bombardements, ou une expulsion déguisée en « émigration volontaire » – l’usage de « l’humanitaire » par les autorités israéliennes doit être nommé pour ce qu’il est : un outil de conquête et d’extermination.
Depuis le 2 mars dernier, Israël provoque une famine délibérée dans la bande de Gaza, en bloquant toute entrée de la nourriture (et des médicaments) sur le territoire.
L’Organisation Mondiale de la Santé a alerté ce lundi 19 mai : les deux millions de Palestiniens sont affamés. Après deux mois de siège complet, le cabinet de guerre israélien a annoncé hier soir qu’il autoriserait l’entrée d’une quantité minimale de nourriture dans la bande de Gaza. Loin d’être une rupture avec la politique d’assiègement et d’affamement, cette annonce en est au contraire la continuité par d’autres moyens.
Elle est, de l’aveu même de Benyamin Netanyahou, un moyen de répondre aux maigres pressions de la communauté internationale devant les images des enfants squelettiques à Gaza qui font le tour du monde. Le Premier ministre israélien a ainsi déclaré, ce lundi 19 mai, que « des pays amis » d’Israël ne soutiendraient plus
« la poursuite de la guerre », si des « images de famine se répandaient ».
L’annonce symbolique d’autoriser une quantité de nourriture dérisoire dans Gaza vise à épargner à Israël une critique internationale, et à lui faire regagner de la marge de manœuvre auprès de ses alliés pour poursuivre son entreprise génocidaire à Gaza.
À cette couverture symbolique – facilitée par le traitement « humanitaire » que font nombre de gouvernements européens du génocide en cours à Gaza – s’ajoute un objectif de plus long terme concernant cette gestion de
« l’humanitaire » par Israël.
Le gouvernement israélien prévoit de militariser, privatiser et rationner la distribution de l’aide alimentaire ; le tout au service d’une surveillance de la population, de son déplacement forcé dans le sud de Gaza, et de l’entérinement du système d’occupation israélienne sur le territoire.
Israël projette en effet de confier la distribution de la nourriture rationnée à une fondation privée étasunienne, qui déploierait sur place des mercenaires. Ces derniers stationneraient dans des zones contrôlées par l’armée israélienne, probablement à Rafah, et auraient un droit de regard sur les personnes qui recevraient de l’aide.
La population palestinienne serait ainsi contrainte à se déplacer à Rafah pour recevoir une quantité de nourriture dérisoire. Un chantage assumé à la nourriture, qui accroitrait la dépendance de la population à l’armée israélienne et ses relais « civils » étasuniens.
Cette militarisation et privatisation de la distribution de « l’aide » permettrait en outre à l’armée israélienne de surveiller la population, et de contrôler toujours plus ses déplacements.
Mode de contrôle et de surveillance des populations, outil de nettoyage ethnique, cette militarisation de l’humanitaire soumettrait, in fine, la population palestinienne à une famine lente, tout en permettant au gouvernement israélien de se décharger devant la communauté internationale, de la responsabilité d’un siège complet sur Gaza.
Ces projets dystopiques, qu’ils soient réalisés, en cours de réalisation, ou à venir, forment une politique cohérente : celle qui consiste à détruire un peuple et à s’emparer de son territoire.
Le génocide des Palestinien.es de Gaza, et la mise en place concomitante du Grand Israël de la mer au Jourdain, s’accélèrent avec toujours moins d’ambiguïté, et toujours plus de brutalité.
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