Après 23 mois de génocide dans la bande de Gaza, l’armée israélienne a lancé une offensive terrestre sur la ville de Gaza, le mardi 16 septembre 2025 au matin, visant à en prendre le contrôle après une nuit de bombardements intenses, et alors qu’Israël contrôle déjà 75 % du territoire de l’enclave palestinienne. Selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, plus de 65 000 personnes ont été tuées. Ces chiffres restent largement sous évalués. Une estimation récente parle de plus de 680 000 victimes.
L’offensive, approuvée par le cabinet de sécurité israélien le 8 août 2025, devrait entraîner le déplacement forcé de plus d’un million de Palestinien.nes vers une « zone humanitaire » délimitée au préalable par l’armée israélienne.
Par ailleurs, la qualification de zones comme « humanitaires » n’a jamais empêché Israël de les bombarder.
Les autorités israéliennes appliquent une logique concentrationnaire, poursuivant deux objectifs.
D’abord, contraindre le maximum de Palestinien.nes de Gaza à partir : bombardements incessants, déplacements réguliers, restriction drastique de l’aide humanitaire au point de créer une situation de famine… En accord avec les États-Unis, gouvernement israélien vise le départ à court terme de 500 000 à un million de Palestinien.nes de Gaza vers des pays d’accueil.
Le second objectif vise à « remodeler » la bande de Gaza. Les Palestinien.nes qui demeureraient sur le territoire resteraient dans les « zones humanitaires », transformées en habitat permanent et définitif. Selon le plan israélo-américain, cela concernerait entre un million et un million et demi de personnes. Ce qu’il adviendrait du reste du territoire de Gaza reste incertain, entre plan de colonisation, accaparement des ressources naturelles et spéculation immobilière par le biais d’appels d’offres pour construire une « Gaza Riviera ».
« Remodeler », « faire partir », « réinstaller », tous ces termes devenus courants dans le langage médiatique pour parler de la bande de Gaza ne doivent pas masquer la réalité politique : nous sommes témoins d’un génocide et d’un nettoyage ethnique, mis en place par un État colonial pour faire disparaître la Palestine et effacer son peuple.
Depuis le mois d’août, la Défense Civile palestinienne constate un niveau de destructions sans précédent : plus de 50 tours résidentielles ont été complètement rasées. À Zeitoun, quartier de la ville complètement en ruines, plus de 1 500 foyers ont été détruits. Le 15 septembre 2025 au matin, le ministre israélien des Affaires étrangères Israel Katz s’est félicité des bombardements en déclarant « Gaza brûle ».
Benyamin Netanyahou a par ailleurs préparé la population israélienne au potentiel boycott économique : « Pour survivre, il faudra veiller à pouvoir produire nous-mêmes ce qui est nécessaire à la sécurité nationale, en particulier les industries d’armement. Nous sommes Athènes et Sparte, et peut-être super-Sparte. Nous n’avons pas le choix. », assumant ainsi pleinement le potentiel isolement d’Israël, alors que Marco Rubio, secrétaire d’État américain en visite en Israël, a donné son feu vert pour l’offensive. Parmi les nombreuses morts décomptées ces dernières heures, le ministère de la Santé de Gaza a annoncé celle de trois journalistes, s’ajoutant à la liste des près de 280 journalistes tué.es à Gaza depuis le 7 octobre 2023.
Que cela soit par le biais de Yaani ou des collectifs de solidarité avec les habitant.es palestinien.nes de Gaza, nous sommes en lien presque quotidien depuis près de deux ans avec des étudiant.es, activistes, journalistes et familles qui luttent pour survivre au génocide : chercher un abri, trouver de quoi se nourrir, protéger leurs enfants, échapper à la mort…
Voici les témoignages reçus ces derniers jours.
« La situation est actuellement très dure. On ne voit pas quand sera la fin de tout ça. Depuis plusieurs jours nous sommes confrontés à un nouveau défi qui aggrave notre souffrance : depuis que l’ennemi a demandé à toute la population de Gaza d’évacuer et d’aller vers Al-Mawasi [zone de concentration des réfugiés], les choses ont été bouleversées ici. Il n’y a plus de place ni de tente. Donc tout se monnaye à des prix exorbitants : l’accès à un terrain ou le prêt d’une tente. Les rues en ruine accueillent de nombreuses familles qui avaient une tente mais ne peuvent plus y rester, ainsi que d’autres familles arrivées de Gaza. »
« Cela fait deux jours avec mon mari que nous cherchons une tente car celle où nous sommes est désormais très usée et pleine de tissus pour rafistoler. Mais cela ne protège plus de la pluie ni du vent. Nous sommes très fatigués. Il y a des bombardements tous les jours. Pas un jour ne passe sans que nous soyons confrontés à la mort. Nous ne pouvons plus vivre ici, sur notre terre. Comment faire grandir mes filles ici, sur ma terre ? En réalité, nous ne savons plus ce que nous devons faire. »
« De nombreuses personnes se déplacent actuellement de la ville de Gaza, pour aller dans une zone qui ne se trouve qu’à environ 10 minutes en voiture. Cependant, en raison de la foule, de l’anxiété et de la peur, le déplacement prend entre 10 et 12 heures, malgré la courte distance qui les sépare des zones dites sûres, mais qui ne le sont pas en réalité. Aucune zone n’est sûre. La situation est très difficile. Les gens n’ont pas d’argent pour se déplacer, les voitures et les véhicules sont usés et n’aident pas beaucoup à transporter les gens, et le prix est si élevé que les gens ne peuvent pas se le permettre. Tout cela se fait avec les véhicules blindés de l’occupation qui avancent après un bombardement violent et continu de la ville. »
© 2026 Yaani Mentions légales.
© 2026 Yaani Mentions légales.