En Syrie, ce que fait Israël n'est pas une "incursion" : c'est une agression armée et un facteur de déstabilisation régionale

Soldat israélien sur le Jabal el-Cheikh (Mont Hermon) dans le Golan syrien occupé par Israël

Depuis la chute de Bachar Al-Assad, le 8 décembre 2024, Israël mène régulièrement des opérations militaires sur le territoire syrien, poursuivant sa politique d’expansion territoriale et portant atteinte à la souveraineté du nouveau pouvoir à Damas.

Si Israël visait déjà régulièrement des positions iraniennes et du Hezbollah en Syrie, il saisit désormais l’occasion du changement de régime chez son voisin, afin d’instaurer avec lui un rapport de force violent et d’assurer ses ambitions territoriales.

Contexte : le Golan occupé par Israël, une zone stratégique et une politique coloniale

Le plateau du Golan est une région montagneuse située sur le territoire syrien, à la frontière avec Israël. Israël conquiert les 2/3 du plateau lors de la Guerre de juin 1967, et occupe depuis ce territoire, en violation du droit international.

Lors de la guerre de 1973, l’armée israélienne parvient à repousser l’offensive syrienne visant à récupérer le plateau. Une zone-tampon démilitarisée est alors mise en place entre le Golan occupé par Israël et celui tenu par la Syrie.

En 1981, le gouvernement israélien annexe unilatéralement le Golan occupé, toujours en violation du droit international.

Dans sa résolution 497 du 17 décembre 1981, le Conseil de sécurité souligne que toute acquisition de territoire par la force est une violation de la Charte des Nations Unies, que « la décision prise par Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le territoire syrien » du Golan est « nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international », précisant dès lors qu’Israël doit être considérée comme puissance occupante. La 4ème convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre de 1949 doit alors s’appliquer.

La souveraineté israélienne sur le territoire est ensuite reconnue par les États-Unis lors du premier mandat de Donald Trump, en 2019, en violation, donc, du droit international.

À cette occupation, s’ajoute une politique coloniale du gouvernement israélien sur le Golan occupé. Plus de 34 colonies de peuplement y ont été construites, dans lesquelles sont établis près de 30 000 colons israéliens. Ces derniers cohabitent avec la population syrienne, qui compte quelque 23 000 Druzes. Lors de l’annexion illégale du territoire, Israël a proposé la nationalité israélienne aux Druzes, qui l’ont majoritairement refusée, rejetant l’identité et les institutions israéliennes.

Comme pour la Palestine, cette politique d’occupation vise, entre autres, à accaparer les ressources naturelles du territoire occupé. Le Golan est une zone aquifère, qui permet à Israël de se fournir en eau. Sa position en hauteur sur la Syrie et le Liban en fait une position stratégique pour les autorités israéliennes.

Après la chute d’Assad, le cadeau d’Israël aux Syriens : bombardements et expansion

Dès la chute du régime dictatorial de Bachar Al-Assad, le gouvernement Netanyahou a profité de la transition en cours avec le régime de HTC (Hayat Tahrir al-Cham) pour poursuivre son expansion territoriale en Syrie. Dans une violation unilatérale de l’accord de 1974, l’armée israélienne a avancé vers la zone-tampon démilitarisée, franchissant la ligne de cessez-le-feu pour la première fois depuis 50 ans.

Alors que Benyamin Netanyahou a immédiatement déclaré que « le plateau du Golan appartenait à Israël pour l’éternité », l’armée israélienne a pris possession de nouvelles localités syriennes, tout en détruisant des sites civils et militaires.

Cette avancée s’est accompagnée d’une intense campagne de bombardements dès le 8 décembre, jour de la fuite du dictateur syrien, privant les nouvelles autorités syriennes de la quasi-totalité de leurs moyens militaires.

Une telle expansion est une violation de nombreuses règles du droit international et constitue une agression armée :
Violation de la souveraineté territoriale d’un Etat ;
Non-respect du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures syriennes ;
Acquisition de territoires par la force ;
Occupation et colonisation de peuplement ;
Accaparement de ressources naturelles…

En parallèle, le gouvernement israélien a approuvé un programme en décembre 2024 visant à doubler la population israélienne sur le Golan occupé.

Le bellicisme et le colonialisme israélien surviennent alors que le nouveau dirigeant syrien, Ahmed Al-Cheraa n’a témoigné d’aucune hostilité envers Israël. Celui-ci a répété à plusieurs reprises qu’il souhaitait se concentrer sur la transition politique en Syrie, et ne voulait pas d’une guerre avec Israël.

En dépit de cette retenue, Benyamin Netanyahou a multiplié les déclarations provocatrices, allant jusqu’à exiger une « démilitarisation » du sud de la Syrie. Mardi 25 février, dans la soirée, Israël a de nouveau bombardé des sites militaires dans le sud syrien, tuant au moins deux personnes.

Manifestations en Syrie

La population syrienne, elle, a publiquement manifesté son opposition face aux menaces et bombardements d’Israël.

Israël justifie sa politique en se posant comme le protecteur de la communauté druze, jouant cyniquement sur les craintes de certaines minorités syriennes face au nouveau pouvoir de Damas. La communauté druze a organisé plusieurs rassemblements, mardi 25 février, pour rejeter les déclarations de Netanyahou, et afficher son unité avec le reste de la Syrie.

La politique militaire et l’expansionnisme colonial israélien : un facteur de déstabilisation régionale

La violation de la souveraineté syrienne, les menaces exercées par Israël sur le nouveau gouvernement de Damas, la campagne de bombardements sur le sud de la Syrie, et la poursuite de l’expansion territoriale d’Israël constituent un facteur de déstabilisation nationale et régionale.

Elles contribuent à instaurer un état de guerre permanent dans la région, et affaiblissent une Syrie déjà exsangue par une décennie de guerre civile. 

Toujours au nom de prétendus impératifs sécuritaires, Israël occupe illégalement des territoires et s’assure d’une certaine domination régionale sur ses voisins.

28/02/2025