Quand Israël libère un otage bédouin et en fait un outil de propagande

Le 27 août dernier, Kaid Farhan Alkadi a été retrouvé par l’armée israélienne dans un tunnel à Gaza. Cet otage, originaire d’un village bédouin considéré comme « illégal » par Israël, avait été kidnappé le 7 octobre dans une usine où il travaillait comme vigile.

À peine la nouvelle publiée, Israël annonce sur ses réseaux sociaux, en anglais, la libération d’un « otage musulman bédouin » par l’armée, ajoutant un « Welcome home » (bienvenue à la maison).

Netanyahou, qui est connu pour exploiter ces situations tout en bloquant chaque opportunité de négociation, lui a passé un appel téléphonique devant les caméras. On peut noter qu’il n’a pas fait de même à la libération des deux otages des kibboutz « gauchistes ».

La journaliste palestinienne Hanin Majadli explique que ces communications à la télévision nationale et sur les réseaux sociaux, ainsi que l’enthousiasme des journalistes israéliens, ne sont que de la propagande (hasbara).

Lorsque le compte Twitter de l’État d’Israël annonce « Welcome home » à Alkadi, il ne précise pas que cette même maison est considérée comme illégale. Il n’évoque pas non plus la discrimination et la répression que subit la minorité bédouine.

Les Bédouin·es sont des Arabes nomades ou semi-nomades, principalement musulman·es, vivant traditionnellement dans le désert du Néguev (Naqab en arabe), au sud du pays. Iels sont environ 302 000 aujourd’hui.

Les zones de résidence des Bédouin-es / Philippe Rekacewicz

Les Bédouin·es sont en conflit perpétuel avec l’État d’Israël sur deux points principaux : la reconnaissance de leurs villages historiques comme légaux et celle de leur droit foncier. Ce conflit s’inscrit dans le cadre de la politique israélienne visant à réserver la majorité du territoire aux citoyen·nes juif·ves.

Aujourd’hui, 34 villages bédouins, où vivent 120 000 personnes, ne sont toujours pas reconnus par l’État. L’État démolit ces villages de manière continue et violente, même en temps de guerre. Selon l’organisation Sikkuy-aufoq, plus de 2 000 maisons sont détruites chaque année.

En plus des démolitions, ces villages ne sont pas protégés contre les roquettes comme le reste du pays et disposent de très peu d’abris anti-missiles. Entre octobre et décembre 2023, 16 Bédouin·es ont été tué·es par des roquettes – iels ont 2 200 fois plus de risques d’être tués par une roquette que tout·e autre civil·e !

Outre la répression et la négligence étatique, les Bédouin·es sont menacé·es par des organisations nationalistes, notamment Regavim, fondée en 2006 par nul autre que Bezalel Smotrich, l’actuel ministre des Finances et suprémaciste juif. Cette organisation a pour but le nettoyage ethnique du Néguev, surnommé le “Bedouistan”, et mène des actions en justice contre les Bédouin·es afin de récupérer leurs terres.

Revenons à l’otage libéré, Kaid Farhan Alkadi. Tandis que son retour est instrumentalisé pour projeter une image démocratique de l’État à l’étranger, à l’intérieur du pays, d’autres voix s’élèvent. La chaîne d’extrême droite 14 rapporte qu’Alkadi aurait déclaré se considérer comme Palestinien et non comme Israélien. Bien que cette information ne soit pas confirmée, une violente campagne d’attaques s’est déclenchée contre lui.

« Pourquoi l'avoir sauvé ? », « Il aurait mieux valu qu’il reste là-bas, Dieu merci, nos soldats sont sains et saufs », « On aurait dû laisser ce ch1en palestinien mourir dans le tunnel ».

C’est tout le paradoxe : instrumentaliser le sauvetage d’un otage musulman pour souligner le caractère égalitaire, démocratique et moral de l’État, tout en dissimulant un discours raciste, une réalité discriminatoire, bref… un régime d’apartheid.

30/08/2024