Objet d’attaques et de censures depuis des décennies, la liberté académique sur la question palestinienne a subi une campagne de répression sans précédent depuis le 7 octobre 2023, en France comme à l’étranger. Si la disqualification de discours scientifiques abordant la question coloniale ou l’islam était déjà une pratique courante dans l’espace public, la guerre génocidaire par Israël contre la bande de Gaza est venue cristalliser, ici, un climat de censure académique, touchant chercheurs.euses, enseignant.es, étudiant.es et syndicats.
Conçu comme un message d’alerte pour le grand public, ce thread revient sur les principaux cas de censure au sein de l’université française au cours des 17 derniers mois. Sans être exhaustif, il n’évoque que les moments les plus médiatisés de l’offensive contre les libertés académiques sur cette question. Il faut néanmoins rappeler que d’innombrables situations passent sous le radar, parce que le motif de censure n’est pas rendu public ou qu’il n’est pas explicite.
9 octobre 2023
Sylvie Retailleau, Ministre de l’enseignement supérieur, écrit une lettre aux présidents d’établissement afin de les inciter à apporter « à tout manquement les sanctions disciplinaires et suites judiciaires appropriées, y compris en les signalant au Procureur de La République ».
12 octobre 2023
le Président-directeur général du CNRS envoie un message à l’ensemble des agent.es pour leur rappeler que, « dans le contexte de l’actualité dramatique du Proche-Orient », leur liberté d’expression est « encadrée par les règles de droit […], en particulier celles concernant […], l’apologie du terrorisme, l’incitation à la haine ou à la violence […] qui peuvent faire l’objet de poursuites pénales et disciplinaires ».
20 octobre 2023
Le directeur de l’Université Savoie-Mont-Blanc décide de suspendre la section CGT de la liste de diffusions de mails personnels, après des communications en soutien à un cessez-le-feu et dénonçant la politique israélienne. La présidence a reculé en juin 2024, après neuf mois de mobilisation.
30 novembre 2023
Le président de l’Université Paris-Nanterre interdit un meeting de solidarité avec le peuple palestinien, organisé par le comité Palestine de Nanterre.
Décembre 2023
La direction du CNRS ouvre une procédure disciplinaire à l’encontre de l’anthropologue Véronique Bontemps pour « apologie du terrorisme », « incitation à la haine raciale » et « manquement au devoir de réserve » pour avoir partagé un communiqué de la section Solidaire de l’EHESS. Elle écope d’un avertissement.
30 janvier 2024
Une conférence de l’avocat Gilles Devers organisée par le syndicat étudiant Solidaires, est interdite à l’Université Lumière Lyon 2 sur demande de la préfecture pour « menaces de troubles à l’ordre public ».
19 mars 2024
La présidence de l’Université d’Aix-en-Provence interdit une conférence de Pierre Stambul, militant à l’UJFP (Union Juive Française pour la paix).
20 mars 2024
L’Université de Montpellier refuse la tenue d’une conférence de Pierre Stambul, militant à l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) car un tel événement est « susceptible de porter atteinte au principe d’indépendance du service public ».
21 mars 2024
La conférence « La guerre à Gaza vue depuis la Cisjordanie : acteurs locaux et culture » avec les chercheurs Samirah Jarrar, Sbeih Sbeih et Asya Zaino, est interdite à l’Université Aix-Marseille.
À partir d’avril 2024
Plusieurs étudiants syndicalistes chez Solidaire sont convoqués pour « apologie du terrorisme » à partir d’avril 2024 pour un tract diffusé sur les réseaux sociaux après le 7 octobre 2023.
17 avril 2024
La direction de l’Université de Lille interdit une conférence de Jean-Luc Mélenchon et Rima Hassan organisée par l’association Palestine libre, car « les conditions ne sont pas réunies pour garantir la sérénité des débats », après une campagne médiatique de la droite et de la macronie.
22 avril 2024
L’Université Paris Dauphine interdit une conférence de Rima Hassan organisée par le Comité Palestine pour « menaces de troubles à l’ordre public ». Le tribunal administratif de Paris annule finalement cette interdiction et enjoint l’Université de « mettre fin à l’atteinte à la liberté de réunion » du comité. La conférence a lieu le 6 mai 2024.
24 avril 2024
L’Université Paul Valéry à Montpellier refuse la demande de salle pour la tenue d’une conférence organisée par le Comité universitaire de soutien à la Palestine, en compagnie du professeur suisse Joseph Daher.
8 juillet 2024
L’ancien chercheur au CNRS et islamologue François Burgat a été convoqué au commissariat d’Aix-en-Provence et placé en garde à vue dans le cadre d’une procédure pour « apologie du terrorisme ».
4 septembre 2024
Benoît Huou, professeur à la Toulouse School of Economics, est suspendu quatre mois pour avoir exprimé son émotion face à l’étendue des massacres à Gaza au début d’un cours magistral. Une enquête pour « apologie du terrorisme » a été ouverte. Le professeur a été réintégré en janvier 2024.
Septembre 2024
Parmi les nombreuses ouvertures de procédures disciplinaires engagées contre les étudiants de Sciences Po mobilisés pour la Palestine, l’établissement effectue un signalement au procureur de la République contre l’étudiant Hicham pour un message posté sur les réseaux sociaux.
4 octobre 2024
Patrick Hetzel, Ministre de l’enseignement supérieur, encourage les présidents d’universités à faire usage de leur « pouvoir de police » afin de prévenir et d’empêcher tout « trouble » dans les établissements, tout en condamnant fermement les « manifestations pro-palestiniennes ».
8 octobre 2024
Sciences Po suspend 4 étudiants suspectés d’avoir participé à une action en soutien au peuple palestinien. Après avoir saisi le Tribunal administratif, ils sont finalement réintégrés le jeudi 31 octobre.
Le domicile de Yannis Arab, doctorant en histoire à l’Université de Montréal, est perquisitionné par la gendarmerie dans le cadre d’une enquête pour « apologie du terrorisme ». Yannis Arab est gardé à vue, son matériel de thèse (ordinateur) est retenu par la police.
22 janvier 2025
Une conférence du journaliste Alain Gresh à l’Université Paris-Sorbonne est entravée par un dispositif sécuritaire disproportionné et diverses mesures administratives perturbant son bon déroulement (retardement et limitation de l’accès au public notamment).
Une conférence du directeur de l’IRIS Pascal Boniface est annulée à la Sorbonne Paris-Nord, sur demande de la présidente de l’Université, pour raisons sécuritaires.
Février 2025
L’Université de Lausanne refuse de renouveler le contrat du professeur Joseph Daher, une décision arbitraire et politique en raison de son soutien à la Palestine et aux mobilisations au sein de l’établissement.
À partir du 10 février 2025
Le séminaire Palestine de l’ENS est victime d’une campagne de diffamation et d’intimidation après une séance intitulée « Antisionisme et antisémitisme », qui a failli être annulée par la direction (changements de salle à la dernière minute…). La séance suivante, le 17 février, est reportée indéfiniment.
21 février 2025
Sciences Po exclut 3 étudiants pour une durée de 30 jours, en raison de leur participation à une action de soutien au peuple palestinien et contre les partenariats entre l’établissement et les universités israéliennes.
20 février 2025
Adoption à l’unanimité au Sénat d’une proposition de loi relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur. La lecture du rapport accompagnant la loi pointe une volonté de criminalisation de l’antisionisme tant dans les mobilisations étudiantes que dans les thématiques de recherche.
13 mars 2025
Sciences Po interdit à nouveau une conférence de Rima Hassan pour menace de « troubles à l’ordre public ».
Bref, aussi nombreux soient les exemples de répression des libertés académiques recensés dans ce projet, il importe de rappeler que cette répression prend souvent des formes insidieuses : refus d’embauche, financements bloqués, salles de conférence refusées, pressions multiples… Autant de mécanismes qui finissent par imposer un climat d’autocensure, en particulier chez les chercheurs et chercheuses adoptant une lecture coloniale du conflit. À cela s’ajoutent des accusations graves et éculées d’antisémitisme, apologie du terrorisme – ainsi que des prétextes sécuritaires ou des arguments fallacieux d’atteinte à l’ordre public – qui servent à légitimer ces entraves.
© 2026 Yaani Mentions légales.
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