Comment la justification religieuse de la colonisation israélienne s’intensifie depuis le 7 octobre ?
Selon une enquête publiée par le journal israélien Haaretz le 4 juillet dernier, l’armée israélienne occupe déjà 26% du territoire de la bande de Gaza, installant des bases militaires, de nouvelles routes, des infrastructures et même une synagogue.
Un militaire décrit ce projet comme « la mise en place d’une occupation pour une longue durée », au grand bonheur des colons juifs voulant s’y installer. Depuis 1967, l’occupation israélienne de la Cisjordanie a permis la mise en place d’une véritable entreprise de colonisation. Aujourd’hui plus de 750 000 colons sont établis en Cisjordanie, dont Jérusalem-Est.
De nombreuses images de la bande de Gaza montrent des graffitis dessinés par des soldats israéliens sur des maisons détruites et abandonnées par leurs habitants, qui ont fui, ont été chassés par l’armée ou ont été tués. Un slogan revient sans cesse : « sans implantation pas de victoire », le mot implantation (hityashvut) étant utilisé par les Israéliens pour éviter de dire colonisation (hitnakhlut).
Depuis la destruction des colonies israéliennes à Gaza en 2005 par Ariel Sharon, ancien Premier ministre du Likoud, et autrefois grand allié des colons, ces derniers et leurs soutiens n’ont qu’un seul objectif : réparer cette « erreur historique ». Pour eux, Gaza fait partie de la Terre d’Israël, promise par Dieu au peuple juif dans la Bible.
En mars 2023, trois mois après la nomination du gouvernement le plus nationaliste, raciste et suprémaciste qu’Israël n’ait jamais connu, une première action est entreprise dans ce sens : la coalition gouvernementale au parlement annule la Loi sur le désengagement, permettant ainsi de s’installer « légalement » à Gaza.
Pour preuve, la ministre des Missions nationales et députée du parti Sionisme-religieux, Orit Struk, membre éminent du mouvement des colons, a déclaré : « Le retour dans la bande de Gaza impliquera de nombreuses victimes, malheureusement […] mais il ne fait aucun doute qu’en fin de compte, elle fait partie de la Terre d’Israël et qu’un jour viendra où nous y reviendrons. »
La justification religieuse n’est pas rare dans le mouvement sioniste. La gauche socialiste, ayant dirigé le mouvement sioniste depuis ses débuts, l’a utilisée pour « créer la nation » juive, en transformant la Bible en livre d’histoire et pour justifier la colonisation de la Palestine. La droite révisionniste a avancé des arguments religieux pour prôner également la fondation d’un État des deux côtés du Jourdain ; et les sionistes-religieux pour rendre le projet politique sioniste en un projet religieux en vue de l’arrivée du Messie et de la rédemption.
Depuis 1967 et l’occupation militaire de la Cisjordanie, l’argument religieux est souvent mobilisé pour justifier la colonisation de ce territoire, justification qui pénètre toute la société. Aujourd’hui, qu’ils soient de droite comme de gauche, les Israéliens emploient le terme « Judée et Samarie », le terme biblique de la Cisjordanie, pour exprimer leur propriété du terrain. Dans un sondage publié en mai 2023 par une organisation israélienne de centre-droite, 70% des Juifs israéliens expriment leur lien « historique » avec la Cisjordanie.
Depuis le 7 octobre, l’argument religieux est souvent avancé par ceux appelant à recoloniser Gaza. Lors d’un rassemblement organisé le 28 janvier, où assistaient 12 ministres et 27 membres du gouvernement, de nombreuses citations de la Bible ont été évoquées pour soutenir cette idée : « Emparons-nous du pays, nous y serons vainqueurs ! » (Nombres 13, 30) a déclaré Smotrich ; « Vous prendrez possession du pays, et vous vous y établirez ; car je vous ai donné le pays, pour qu’il soit votre propriété » (Nombres 33, 53) a affirmé Ben-Gvir.
Étonnamment (ou pas), avec l’intensification du débat sur l’opportunité d’une guerre avec le Hezbollah, un nouveau mouvement apparaît : « le mouvement pour l’implantation du Sud du Liban ». Ce mouvement, dirigé par des membres éminents du mouvement des colons en Cisjordanie, utilise aussi des arguments religieux pour justifier leur cause. Lors de leur première réunion publique, des rabbins expliquent que cette terre est également incluse dans celle promise par Dieu…
Bref, le colonialisme au nom de la rédemption est quelque chose d’habituel aujourd’hui dans la sphère publique et politique israélienne. L’armée et les unités combattantes, où sont massivement présents des sionistes-religieux et des colons de Cisjordanie, commencent déjà la « judaïsation » de Gaza, avec des cérémonies religieuses utilisant des objets provenant des anciennes synagogues de Gaza. La recolonisation de l’enclave, dont les habitants palestiniens subissent une guerre de caractère génocidaire, n’est pas loin.
© 2025 Yaani Mentions légales.
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