Colonialisme de peuplement

Le colonialisme de peuplement (en anglais : settler colonialism) désigne une forme spécifique de colonialisme. Elle se caractérise par l’invasion du territoire colonisé, et le remplacement de la population autochtone par un collectif de colons exogènes. La logique centrale du colonialisme de peuplement est l’élimination ou le transfert de la population autochtone, perçue comme un obstacle à l’accaparement des terres. Il transforme le territoire colonisé de manière permanente, à travers des mécanismes institutionnels, juridiques et politiques.

Les colons constituent un corps politique autonome vis-à-vis de la métropole, car la temporalité du colonialisme de peuplement est plus longue, l’objectif final étant l’installation permanente grâce à des structures institutionnelles durables. Cela a pour conséquence un processus d’auto-indigénisation des colons appelé redwashing : les colons essayent de revendiquer leur appartenance au territoire qu’ils ont conquis. Les États-Unis, le Canada, l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Algérie ou l’Irlande sont des exemples de territoires qui ont été marqués par le colonialisme de peuplement, de manière différente. 

Le colonialisme de peuplement est à différencier du colonialisme dit « de métropole » ou « d’exploitation », dont le but est l’exploitation économique et l’extraction des ressources pour enrichir la métropole. La population autochtone est utilisée comme une main-d’œuvre, et le territoire colonisé est directement subordonné à la métropole par des mécanismes institutionnels.

Le colonialisme de peuplement est donc un cadre d’analyse extrêmement pertinent pour comprendre les dynamiques coloniales sur le territoire israélo-palestinien. Israël a pour exception d’être une colonie de peuplement sans métropole clairement identifiable.

L’absence de métropole ne réfute pas le caractère colonial d’Israël, car l’autonomie est précisément caractéristique du colonialisme de peuplement. En effet, tous les éléments constitutifs du colonialisme de peuplement sont présents. 

Une population non autochtone venue d’Europe, du continent américain, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, a remplacé la population palestinienne. Israël s’est construit sur le nettoyage ethnique de plus de 800 000 Palestinien·nes, lors de la Nakba de 1948. Les Israélien·nes revendiquent également leur indigénéité sur la terre qu’iels ont dépeuplée, en s’appuyant sur un ensemble de textes religieux. Cette revendication entre parfaitement dans la définition du redwashing. Les Israëlien·nes ont également construit leur corps politique autonome et leurs propres institutions, qu’iels qualifient de démocratiques, mais dont les Palestinien·nes sont exclu·es. Israël a également mis en place des structures permanentes d’annihilation et d’élimination du peuple palestinien, en témoignent la colonisation continue de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, caractérisée par des expulsions permanentes et des meurtres quasi-quotidiens; ou le génocide en cours à Gaza.

Sources : 

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