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Pas de libertés académiques sans justice en Palestine

par Rachele Borghi
5 janvier 2026
in Analyses
Reading Time: 13 mins read

Par Rachele Borghi, maîtresse de conférences en géographie, Sorbonne Université.

Cette intervention a ouvert le colloque « Approches féministes décoloniales des libertés académiques », tenu le 12 décembre 2025 à Sorbonne Université. Elle est reproduite ici avec l’accord de son auteure, Rachele Borghi, maîtresse de conférences en géographie à Sorbonne Université et autrice de l’ouvrage Décolonialité et privilège. Devenir complice (Éditions Daronnes).

Ce colloque s’inscrivait dans un contexte de multiplication des attaques visant les libertés académiques, marquées depuis plusieurs années par des campagnes de disqualification de certain·es chercheur·ses et par la dénonciation récurrente d’une supposée « cancel culture » universitaire. Alors que les mobilisations institutionnelles et scientifiques pour la défense de ces libertés se sont renforcées, dans le contexte du génocide contre les Palestinien·nes de Gaza, les débats publics tendent à évacuer une réflexion de fond sur la nature des savoirs, leurs conditions de production et les rapports de pouvoir qui les structurent. En mobilisant les épistémologies féministes et décoloniales, le colloque proposait d’interroger de manière critique la notion même de liberté académique, en rappelant que les sciences ne sont jamais neutres et qu’elles s’inscrivent dans des héritages coloniaux, eurocentriques et hiérarchisés. Il visait ainsi à mettre en lumière les mécanismes de délégitimation des savoirs qualifiés de « minoritaires », en particulier ceux produits sur la Palestine, et à ouvrir un espace de réflexion collective sur la possibilité de penser l’université comme un lieu de dialogue critique, d’émancipation et de transformation des rapports de pouvoir.

Manifestation étudiante pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, 29 novembre 2024. Crédits : Comité Palestine Sciences Po

Intervention

D’abord merci beaucoup d’être là, nous n’aurions jamais imaginé un tel nombre d’inscrit·es. Cela signifie que notre intuition, celle de nombre de mes collègues et ami·es ici présent·es avec qui nous avons construit cette journée, avait du sens. Il y a, en effet, quelque chose qui cloche dans la manière dont on parle aujourd’hui, en France, des libertés académiques dans les discours institutionnels. Nombreux sont celles et ceux qui ressentent un certain malaise face à ces prises de parole émanant d’une communauté académique demeurée largement hésitante et divisée lorsqu’il s’est agi de dénoncer le génocide en Palestine. Une communauté qui n’a pas su – ou pas voulu – faire obstacle à la diffusion du sens commun politico-médiatique dans nos universités ; qui a préféré relayer la propagande plutôt que les savoirs produits par ses pairs ; qui n’a pas été capable de s’organiser collectivement pour s’opposer à la répression visant les étudiant·es et, peut-être, de s’y associer ; qui a manqué l’occasion de se déplacer. Se déplacer, faire un pas de côté, se soustraire, abandonner ce que l’on attend de nous universitaires : être critiques, certes, mais à condition d’être gardien·nes de l’ordre, de rester dans les clous, de ne pas franchir la limite, celle tracée entre les chercheur·euses et les militant·es. Car si l’engagement est respectable, la militance est jugée déplacée, hors contexte, exagérée ; elle trahit l’institution, une trahison de la classe, elle déplace et met le sujet dans un autre endroit, en dehors de la communauté scientifique, hors du cercle des respectables producteur·ices de savoirs.

Le prix à payer quand on est considéré comme « universitaire militant·e » n’est pas de perdre son travail, car il est très compliqué de licencier un·e fonctionnaire en poste (en effet toutes les personnes qui ont eu des sanctions graves ou perdu leurs contrats d’enseignement étaient précaires, contractuels ou étudiant·es). Le véritable prix à payer est plutôt de perdre ce qui est essentiel à chaque universitaire : son propre capital réputationnel. Peur de crisper les collègues, risque d’être mis à l’écart de sa propre communauté, risque de perdre ses privilèges, d’être associé à « l’inassociable » : les parias de l’académie, les militant·es, les racisé·es, ces gens qui n’ont rien à perdre car n’ont jamais rien eu.

Dans ce contexte, la liberté des académicien·nes ne semble défendue que lorsque l’universitaire est respectable, quand iel est engagé·e mais pas militant·e, quand iel s’exprime clairement mais sans crier, quand le corps de l’universitaire est blanc, encore mieux s’il est celui d’un homme cisgenre. Lorsque ce corps est racisé, il lui est implicitement demandé de ne pas mettre le dominant face à ses propres responsabilités dans la production des injustices et de contribuer au blanchiment du savoir et de l’institution. Car le corps universitaire blanc est assez fragile. C’est seulement si toutes ces conditions sont remplies qu’on peut alors se mettre « stand up ».

En mars 2025, alors que la communauté scientifique française se mettait « stand up for sciences », dans la bande de Gaza la science, comme l’ensemble de la société, s’écroulait sous les bombes de l’occupant. 139 écoles et universités avaient été complètement détruites, 359 écoles et universités partiellement, 12 900 étudiant·e·set 800 enseignant·es et personnels éducatifs tué·es, 785 000 étudiant·es privés d’éducation, 150 scientifiques et universitaires exécuté·es.

« Le  véritable prix à payer quand on est considéré comme « universitaire militant·e » est de perdre ce qui est essentiel à chaque universitaire : son propre capital réputationnel. Peur de crisper les collègues, risque d’être mis à l’écart de sa propre communauté, risque de perdre ses privilèges, d’être associé à « l’inassociable » : les parias de l’académie, les militant·es, les racisé·es, ces gens qui n’ont rien à perdre car n’ont jamais rien eu. »

Alors que la tribune signée par plus de 6 000 universitaires insistait sur la nécessité de protéger l’écosystème scientifique mondial et affirmait que « cela nécessite de réaffirmer certaines de ses valeurs fondamentales, à commencer par un attachement philosophique et politique à la vérité » on peut légitimement se demander : qu’est-ce que c’est qu’on considère « vérité » ? C’est la « vérité » de qui ?

J’aimerais alors m’adresser à tous·tes les président·es d’université qui ont voulu, avec le colloque organisé par France Universités le 15 octobre 2025 à Sorbonne Nouvelle, affirmer haut et fort leur attachement aux libertés académiques et aux plus hautes valeurs associées à la science. J’aimerais leur demander : comment pouvez-vous invoquer les valeurs de liberté quand depuis le 7 octobre 2023 vous avez clairement choisi votre camp et vous avez eu l’arrogance de l’appeler « neutralité » ? Vos discours défendent la liberté de quel·les académicien·nes ? De quels savoirs ?

Vous voir debout pour les chercheur·euses américain·es, sans jamais vous entendre avoir un mot pour les collègues palestinien·nes ne fait pas de vous des défenseur·es de la liberté académique, mais des reproducteur·ices de schémas coloniaux.

« La liberté des académicien·nes ne semble défendue que lorsque l’universitaire est respectable, quand iel est engagé·e mais pas militant·e, quand iel s’exprime clairement mais sans crier, quand le corps de l’universitaire est blanc, encore mieux s’il est celui d’un homme cisgenre. »

Cela nous rappelle les moments où, dans les métropoles coloniales, les colons parlaient de liberté et de valeurs universelles, tout en commettant des massacres dans les colonies, pendant que des populations entières étaient violentées, privées de leur dignité et condamnées à porter le traumatisme collectif transmis de génération en génération, pendant que les Européen·nes s’érigeaient en sommet de la civilisation.

En vous mettant « stand up » pour la science occidentale, vous avez montré que le colonialisme ne concerne pas le passé, mais il reste enraciné dans le présent. Pourquoi, face à cela, aucun rapport de force ne s’est imposé ? Pourquoi vous a-t-on laissé occuper toute la place et saturer tout l’espace académique ? Notre capacité à nous, les universitaires « critiques », à s’indigner, à réagir, à imposer un rapport de force est-elle morte ? Est-ce que le processus de domestication du corps universitaire est arrivé à sa phase finale ? Le corps enseignant est-il devenu un corps respectable, qui choisit d’être le vecteur du maintien de l’ordre du pouvoir plutôt qu’un outil de résistance ?

Nous avons eu une réponse le 15 octobre 2025, lorsque la seule voix dissonante à se faire entendre dans l’amphithéâtre qui accueillait avec fierté le colloque de France Universités, n’a pas été celle des « universitaires engagé·es et critiques » mais celle de leurs étudiant·es.

France Universités, qui ose mobiliser le lexique des libertés académiques tout en n’ayant jamais condamné de manière ferme le génocide en Palestine, qui a fait du deux poids deux mesures son drapeau, facilitant l’accueil des universitaires et étudiant·es ukrainien·nes, tout en restant silencieuse face à la complexification et au durcissement des procédures de demande des visa étudiant pour les Palestinien·nes. France Université, qui a condamné le boycott des institutions israéliennes en prennent comme argument l’idéologie et la propagande, plutôt que la littérature pourtant abondante et rigoureuse produite par ses propres pairs, qui depuis deux décennies montre la pertinence du boycott et sa légitimité en droit international. Cette disqualification a été d’autant plus facile que ces savoirs ne sont pas reconnus comme des savoirs, car ils sont produits par des sujets parias, des sujets qui, comme le souligne l’anthropologue italo-palestinienne Ruba Salih, ne peuvent pas parler et qui, lorsqu’iels parlent, ne sont pas entendu·es, parce qu’iels sont racisé·es, parce qu’iels sont palestinien·nes.

Le colloque de France Universités a constitué l’apothéose de l’injustice et de la production de l’ignorance épistémique. Nous avons eu droit à des discours consensuels, capables de bien pacifier les savoirs critiques, de les ajouter à la déjà bien remplie mallette des outils du maître. Des savoirs « critiques » portés par des « intellectuel·les critiques » qui n’avaient pas du tout vocation à crisper, à créer un conflit. Des « intellectuel·les critiques » qui ont préféré rejoindre la tour d’ivoire plutôt que contribuer à sa destruction. Car il est bien plus facile de défendre les libertés académiques face aux attaques de la droite, d’alarmer sur la « trumpisation » – d’ailleurs pourquoi ne pas parler de directement de « fascisation » ? – de la société et de dénoncer les menaces pesant sur les universités. Il est en revanche plus difficile d’admettre que ce risque est porté aussi par des universitaires à qui on serre la main chaque jour, avec qui l’on partage un bureau, avec qui l’on boit un verre de champagne lors des pots de fin d’année.

Le 15 octobre, la communauté scientifique « critique », où était-elle ? Pas dans la salle. Dans la salle, en revanche, il y avait les étudiant·es. Ces étudiant·es qui, depuis le 7 octobre, se sont organisé·es pour effectuer le travail à notre place : affronter le pouvoir, dénoncer les injustices, faire face à notre ignorance. Iels ont été constamment là pour nous rappeler – comme disait bell hooks – qu’il ne faut jamais cesser de s’opposer ; pour nous sortir de notre confort, pour nous rappeler chaque jour que non, ce n’est pas normal, même lorsque nous continuons à faire semblant de l’ignorer.

Iels nous ont rappelé aussi que là où il y a oppression et injustice, il y a organisation et résistance.

Ces étudiant.e.s étaient là le 15 octobre même si les retours officiels sur le colloque ont effacé leur présence.

Non, chèr·es collègues, vous savez très bien que leur dire « si vous n’êtes pas d’accord débattez avec nous » ce sont des mots sans fondement et une énième violence. Vous savez très bien qu’il n’y a pas la possibilité d’un quelconque dialogue, car vous saturez tous les espaces de vos discours et de votre vision des choses, car vous continuez à exercer votre pouvoir – le pouvoir d’imposer le discours dominant, d’ignorer les autres voix, de jouir du privilège de rester insensibles à votre propre insensibilité.

C’est ce jour-là, le 15 octobre, que nous avons commencé à imaginer ce colloque (Ndlr : celui du 12 décembre, « Approches féministes décoloniales des libertés académiques »). Face à la frustration, une évidence s’est imposée « don’t agonize, organize ».

Et alors « organize » un colloque. Un colloque pour faire circuler d’autres savoirs, tout autant légitimes. Un colloque qui puisse être un espace où soigner collectivement nos blessures, comme le propose bell hooks, où faire circuler des savoirs pour la lutte et renforcer les relations d’affects capables de soutenir notre résistance collective. Des savoirs qui donnent du souffle à l’action et à l’organisation ; des savoirs qui peuvent contribuer à nous faire sortir du réalisme universitaire qui, à l’image du réalisme capitaliste théorisé par Mark Fisher, nous empêche d’imaginer une autre université : une pluriversité.

Ces savoirs nous aident, comme le proposent Stefano Harney et Fred Moten, à reconnaître et à prendre part aux communautés marronnes de l’université : des communautés fugitives d’étude qui existent non pas dans les salles de classe, mais dans les sous-sols des bâtiments ; non pas grâce à l’université, mais malgré elle. Hernay et Moten nous disent :

« […] Inquiétez-vous pour l’université. Voilà aujourd’hui l’injonction aux États-Unis, une injonction qui a une longue histoire. […] Mais pour l’intellectuel·le subversif·ve, tout ça se déroule en haut, entre gens polis, parmi les hommes rationnels. Après tout, l’intellectuel·le subversif·ve est venu·e sous de faux prétextes, avec les mauvais papiers, par amour. Son travail est aussi nécessaire qu’indésiré. L’université a besoin de ce qu’iel porte mais ne peut supporter ce qu’iel apporte. Et en plus de tout ça, iel disparaît. Iel disparaît dans les souterrains, au plus bas des bas-fonds de la communauté marronne de l’université, dans les sous-communs de la raison éclairée, là où le travail est accompli, là où le travail est subverti, là où la révolution est toujours noire, toujours forte.

[…] La seule relation possible à l’université aujourd’hui est une relation criminelle […] Dans de telles conditions, on ne peut que se faufiler dans l’université et y voler tout ce qu’on peut. Abuser de son hospitalité, contrarier sa mission […] Être dans mais pas de – voilà le chemin de l’intellectuel subversif au sein de l’université moderne. »

J’ai longuement réfléchi à la manière d’ouvrir ce colloque. Je me suis demandé si je devais respecter les codes du milieu académique : saluer, remercier, poser les questions du colloque – les libertés académiques qui parlent de liberté sans jamais parler de justice – mettre en avant le corpus théorique, formuler mes critiques avec des points d’interrogation, de façon posée, et, si possible, consensuelle. Je me suis demandé si, au fond, je devais apparaître comme respectable et légitime, universitaire « critique » mais pas trop « militante », surtout pas « subversive » ; si, pour cela, j’aurais eu intérêt à parler doucement, ne pas élever trop la voix, afin d’éviter d’être considérée comme « trop passionnée », « trop émotionnelle », « trop out of place », qui veut dire pas vraiment une scientifique.

Et en plus de cela, je ne sais pas d’ailleurs qui sera dans la salle. Il pourrait y avoir des personnes infiltrées, des médias de droite – mais pas seulement. Et au regard de ce qui s’est produit au Collège de France, peut-être existe-t-il aussi une forme de contrôle, plus diffuse mais plus « soft » qu’un appel du ministre à la présidente de l’Université.

Je ne sais pas. Mais précisément parce que je ne sais pas, il est préférable d’être prudente, de ne pas m’exposer, de jouer le rôle attendu de l’universitaire critique, engagée, politique, à la limite avec une petite allure militante (mais sans prononcer le terme). Ainsi, j’éviterais les problèmes et le discours passerait quand même, car c’est, après tout, qu’une question de forme.

Mais il y a quelques jours, j’ai eu la chance de lire un nouveau texte du sociologue palestinien Sbeih Sbeih. Il nous parle directement :

« Chers collègues, lorsqu’un des vôtres est suspendu de son travail parce qu’il n’a pas trahi ses principes, il n’est pas à blâmer, il est une source de fierté, car c’est lui qui paie pour garder un peu de dignité à ce milieu pourri jusqu’à l’os de honte. Il faut le soutenir, pas seulement pour lui, mais pour vous, car c’est lui qui paie le prix d’une dignité que vous avez perdue.

Chers collègues, signer une pétition n’est pas une action militante. Vous n’êtes pas en train de creuser des tunnels. Militer, c’est aussi crier, crier très fort, déranger jusqu’au dernier souffle de sa vie. Militer n’est pas une reconnaissance ni une promotion, c’est d’abord un prix à payer. La Palestine est une cause qui coûte cher. Si vous n’êtes pas à la hauteur, éloignez-vous et cherchez une cause prestigieuse ailleurs, une cause qui vous permet d’accéder au prestige et de profiter de la nuit pour fêter votre victoire.

La Palestine commence d’abord par déconstruire l’habitus colonial. Elle apprend un peu de modestie et beaucoup de responsabilité. Ne jouez plus le jeu de la procédure. Criez. Faites un communiqué. Clarifiez cette hypocrisie que vous dissimulez consciemment ou inconsciemment. Que l’État français soit face à ses responsabilités, et les régimes arabes aussi.

Que ce milieu intellectuel […] apprend […] que la théorie n’est pas une série de concepts cohérents. Elle est, avant tout, un engagement. Un engagement qui doit se traduire en positions. Positionnez-vous. Les Palestiniens ne sont pas des mendiants, et leur liberté, ils vont l’arracher tôt ou tard. Ils resteront l’arête dans la gorge de l’humanité. Et vous, vous devez crier. De quoi avez- vous peur ? »

Et alors, je voudrais que ce colloque se transforme en un cri. Un cri collectif. Car la seule manière de dépasser la peur est de faire corps – corps collectif – de cultiver les relations et les affects pour savoir que nous ne sommes jamais seul·es, même quand nous pensons l’être.

Et alors, non, je ne poserai pas de questions. Parce qu’il n’y a rien à questionner. Il y a seulement à trouver le courage de dénoncer.

Et nous savons tous·tes aujourd’hui que le combat pour les libertés académiques ne peut être dissocié du combat contre toutes les formes de colonialisme, de violence et d’oppression. Nous savons aussi que, sans une solidarité inconditionnelle avec le peuple palestinien, sans la condamnation des actes criminels d’Israël, sans sanctions ni boycott, sans engagements collectifs contre les oppressions et contre l’injustice épistémique exercée dans nos salles de classe, sans une prise de responsabilité collective dans nos universités, le combat pour les libertés académiques est perdu d’avance.

« Nous savons tous·tes aujourd’hui que le combat pour les libertés académiques ne peut être dissocié du combat contre toutes les formes de colonialisme, de violence et d’oppression. »

Peut-être alors qu’aujourd’hui, à travers ce colloque, nous pouvons aussi répondre à notre collègue Sbeih Sbeih quand il nous demande de quoi avons-nous peur ? La seule peur que nous devions avoir est de ne pas être à la hauteur de ce combat. Mais qu’il le sache : nous n’avons pas peur de tout faire pour l’être. Désormais, nous n’avons peur de rien car notre corps individuel s’est transformé en corps collectif et car nous avons bien en tête notre objectif : pas de libertés académiques sans justice en Palestine.

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